Il est devenu courant d’attribuer la tragédie de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest à l’inexpérience et au manque de connaissances. Les États et les citoyens de Guinée, du Libéria et de Sierra Leone ont été présentés comme étant totalement peu familiers avec Ebola et donc sans connaissances pertinentes. La simplicité de ce récit est perturbée par l’expérience de la fièvre de Lassa, une fièvre hémorragique virale (FHV) infectieuse et mortelle, endémique dans les trois pays les plus touchés par Ebola. Cet article examine au-delà d’Ebola en 2014 l’histoire des efforts visant à contrôler les FHV dans le fleuve Mano et remet en question l’idée selon laquelle il existait un vide de connaissances. L’accent est plutôt mis sur les politiques de la connaissance qui ont traversé la santé mondiale et qui ont donné la priorité à des formes particulières de connaissance et à des manières de faire face à la maladie.
Des recherches ethnographiques sur l'émergence de Lassa et l'émergence ultérieure d'Ebola en Afrique de l'Ouest sont présentées, en se concentrant sur le développement de technologies et d'institutions pour détecter et gérer les deux virus. Cela fournit une perspective pour explorer ce qui était connu et ce qui ne l’était pas, comment et par qui ; ainsi que ce qui a été compté et ce qui ne l'a pas été, et pourquoi. La littérature anthropologique sur les maladies émergentes s’est jusqu’à présent concentrée sur les dynamiques sociales, économiques et culturelles qui génèrent la charge de morbidité, mais moins sur les processus sociotechniques qui calibrent cette charge. Cet article contribue à l’anthropologie des maladies infectieuses émergentes en rendant compte plus pleinement des subtilités, des incertitudes et des implications des pratiques de diagnostic et de surveillance des nouvelles maladies. Cet article viendra enrichir les débats post-Ebola autour de la préparation en reliant les perspectives sociotechniques complexes sur l'émergence de la maladie avec la politique de la science et de la santé mondiale et en remettant en question la manière dont les priorités, les risques et les problèmes ont été conceptualisés dans ce contexte.
![Fin février/début mars 2016 au Bénin, (au premier plan) Carine, élève de l'école communale de Tchaourou, sourit en brandissant son ardoise avec la bonne réponse – « Fièvre de Lassa » – à la question posée par son professeur : « Quelle maladie rend les gens malades dans notre ville ces jours-ci et se transmet des rats aux humains et de personne à personne ? Les écoliers de cette école et d'autres écoles des environs apprennent comment la maladie se transmet et comment s'en protéger, ainsi que l'importance de ne pas faire de discrimination à l'égard de leurs camarades dont les parents pourraient avoir contracté la fièvre de Lassa. La fièvre de Lassa, une maladie virale qui peut être mortelle dans les cas graves, se transmet par contact avec des rats infectés par le virus et par contact de personne à personne. L'UNICEF intensifie son intervention d'urgence pour aider à prévenir la propagation de la maladie et à soutenir les personnes touchées par l'épidémie en cours. [TEXTE ORIGINAL EN FRANÇAIS] Carine sourit car elle a trouvé la bonne réponse : « Quelle maladie fait du mal dans notre ville en ce moment et qui se transmet par le rat et aussi de l'humain à l'humain l'homme ? » La 'Fièvre Lassa' à-elle écrit sur son ardoise. A l'école de quartier de Tchaourou, comme dans toutes les écoles des environs, les enseignants apprennent aux élèves les modes de transmission et de prévention de la maladie mais également la nécessité de ne pas discriminer les camarades dont les parents auraient été malades. UNICEF/UN014699/Bonnaud](https://www.socialscienceinaction.org/wp-content/uploads/2017/01/UN014699_Med-Res-1024x683.jpg)