Résumé exécutif
Une question épidémiologique critique. La maladie à virus Ebola se transmet par contact physique direct avec une personne symptomatique infectée par le virus (par exemple par le biais d'un patient soigné ou salué par contact physique). Les corps des personnes décédées de la maladie à virus Ebola peuvent également présenter un risque pour ceux qui les touchent (lors de la toilette mortuaire ou de la manipulation du cadavre). Les femmes sont particulièrement exposées en raison de leur rôle auprès des malades ou des défunts, ainsi que les plus proches parents du même sexe que le défunt s'ils ont effectué eux-mêmes la toilette mortuaire. Les gestes qui ont pu avoir lieu dans le cadre familial doivent être connus des épidémiologistes afin d'identifier les contacts les plus à risque.
Impliquer les familles plutôt que de les contourner devrait être un principe directeur d'action, particulièrement pour désamorcer la suspicion envers la réponse. Empêcher la famille de voir le corps est perçu comme un acte suspect (suscisant des craintes de prélèvement d'organes ou d'enlèvement), interprété à la lumière d'une longue histoire d'extraction et d'abandon. Permettre aux membres de la famille d'inspecter visuellement le corps du défunt tout en maintenant des distances de sécurité, prendre le temps de consulter les familles pour expliquer la situation, et mobiliser les chefs religieux et coutumiers sont des mesures concrètes qui peuvent réduire les frictions autour des funérailles.
Considérations locales méritent d'être connus et anticipés, particulièrement en ce qui concerne le transport des corps qui, bien qu'interdit lors d'une épidémie d'Ebola, peut se poursuivre clandestinement. Les visites aux malades graves et les salutations impliquant un contact physique direct doivent être reconnues, explicitement découragées, et décrites comme des situations à risque de transmission potentiellement élevé pour les visiteurs et leur entourage.
Recommandations
- Expliquez aux familles l'importance de prévenir la contamination lors de l'inhumation et présentez les adaptations du protocole qui concilient biosécurité et impératifs sociaux.
- Impliquez les familles en deuil à chaque étape du processus et identifiez des porte-parole reconnus comme tels par l’ensemble de la famille. Respectez autant que possible les souhaits de la famille (vêtements du défunt, lieu de sépulture, etc.) et expliquez les raisons pour lesquelles une demande particulière ne peut être satisfaite si elle présente un risque épidémiologique.
- Soyez conscient des pratiques de transmission les plus risquées (avant et après la mort) et de l'identité de ceux qui les ont réalisées, afin de transmettre ces informations aux épidémiologistes.
- Identifier à l'avance les sépultures les plus potentiellement conflictuelles en raison de conflits préexistants au sein de la famille sans lien avec Ebola (prix de la dot, héritage, rivalités) ou du statut social du défunt (personne influente).
- La réaction diffère selon qu'il s'agit du premier cas dans la famille ou d'un cas qui s'inscrit dans une chaîne de transmission plus longue.
- Mettre en place des unités de liaison locales recrutées sur place pour jouer un rôle de médiation et de sensibilisation entre l'équipe d'intervention et le quartier ou le village.
- Prenez le temps nécessaire avec les familles à chaque étape, des discussions initiales jusqu'à la cérémonie, par respect pour la personne décédée (mais aussi pour l'identification des personnes à contacter et leur éventuelle mise à l'isolement).
- En cas de décès à l'hôpital loin de la famille, utilisez des photos et des vidéos si la famille y consent, et permettez une inspection visuelle du corps pour prouver son intégrité et contrer les rumeurs de prélèvement d'organes ou de disparition du corps.
- Sensibiliser la communauté par le biais de la radio, des leaders d'opinion, des chefs religieux et des acteurs économiques (y compris les employés des pompes funèbres) sur la nécessité d'adapter certaines pratiques pendant l'épidémie afin d'enrayer sa propagation.
- Évitez de brûler inutilement les biens du défunt en public ; envisagez plutôt de les enterrer avec le corps.