Résumé exécutif

Population. 7 millions d'habitants, dont environ 1 million de personnes déplacées internes. Grande diversité ethnique (Hema, Lendu, Alur, Lugbara, Nande). Le conflit Hema-Lendu est enraciné dans des disputes foncières, exacerbées par la manipulation des élites locales. Les centres urbains sont densément peuplés et interconnectés. Le swahili et le lingala sont les langues communes, le français étant utilisé par les élites. Les langues locales sont importantes dans les zones rurales (lendu, nyali).

Insécurité. Violences intercommunautaires majeures depuis 2017 concentrées dans le territoire de Djugu ; attaques des ADF (>950 morts en 2025) dans les territoires de Beni, Irumu et Mambasa. Des établissements de santé ont été ciblés et l'insécurité alimentaire est généralisée. Les cas confirmés dans les zones du Nord et du Sud-Kivu administrées par le groupe armé M23 compliquent la coordination. Une partie de la province de l'Ituri est sous le contrôle de groupes armés locaux impliqués dans diverses formes de trafic et d'extorsion. De nombreux barrages routiers.

Économie et mobilité. L'exploitation artisanale de l'or structure l'économie provinciale et génère des flux importants de personnes vers les sites miniers (y compris Mongbwalu). Forte intégration avec les marchés ougandais et mobilité transfrontalière, y compris traversées illégales. Le Sud-Soudan est également exposé en raison de la forte mobilité et des passages frontaliers.

Funérailles. Le risque épidémique est associé aux rassemblements qui accompagnent les familles dans le processus de deuil, ainsi qu'à la préparation et au transport du corps. Dans les zones rurales, les rituels existants doivent être adaptés.

Populations vulnérables. Les femmes sont plus exposées en raison de leur rôle d'aidantes. Les populations vivant dans des sites de déplacement sont particulièrement vulnérables (promiscuité, impossibilité de mettre en œuvre des mesures barrières).

Recommandations

  1. Travailler avec et pour les communautés. Les priorités et les besoins communautaires doivent guider la réponse, et non l'inverse. La réponse doit tirer des leçons des populations locales, en comprenant comment les communautés sont structurées (composantes administratives, religieuses, économiques, tribales et politiques).
  2. Recrutez localement et en toute transparence. Assurez-vous que le recrutement soit ethniquement diversifié, socialement pertinent et perçu comme équitable.
  3. Adapter la sensibilisation au contexte social et linguistique. Le message doit être adapté à la langue et aux canaux utilisés, et doit communiquer l'incertitude scientifique (concernant l'épidémie et les interventions déployées).
  4. Mobiliser pleinement l'expertise locale. L'expertise locale existante à Bunia et dans les territoires est disponible pour éclairer la coordination des interventions.
  5. Négocier des adaptations rituelles concernant les sépultures. Adapter les rituels plutôt que de les interdire pour éviter les enterrements clandestins et les tensions avec les communautés.
  6. Renforcer durablement le système de santé existant. Les investissements réalisés dans le contexte d'Ebola ne doivent pas se limiter à la réponse d'urgence : ils doivent contribuer à l'amélioration à long terme du système de santé.
  7. Faire respecter les droits des patients et des familles. Les centres de traitement ne sont pas de simples lieux d'isolement mais des lieux de soins et doivent être perçus comme tels localement.
  8. Soyez transparent et responsable. Prenez le récit de l'Ébola au sérieux. La suspicion envers la réponse est structurelle, ancrée dans un contexte plus large d'abandon et de violence. Elle ne doit donc pas être rejetée comme irrationnelle.
  9. Sécuriser les équipes sans alimenter l'économie de guerre. Éviter la sur-militarisation des activités de réponse, qui pourrait attirer l'attention de groupes armés.
  10. Coordonner avec les autorités nationales. Le Ministère de la Santé de la RDC, par l'intermédiaire du COUSP/INSP, est responsable de la réponse Ebola.