Résumé des considérations clés

  • Conceptualisation des frontières : Traitez les frontières comme des réseaux de personnes, de marchés, de guérisseurs, de cliniques et de routes à travers lesquels le risque se déplace, plutôt que simplement comme des limites territoriales.
  • Mouvements de la République démocratique du Congo (RDC) vers le Soudan du Sud : Préparez-vous à une augmentation des déplacements de la RDC vers l'Ouganda par les points de passage sud-soudanais formels et informels, alors que la frontière entre la RDC et l'Ouganda reste fermée.
  • Mouvements de réfugiés : Reconnaître que les réfugiés traversent régulièrement les frontières en réponse à l'insécurité alimentaire et pour préserver leurs moyens de subsistance, leurs revendications foncières, leurs liens familiaux et leurs obligations funéraires.
  • Perceptions des postes frontaliers : Tenir compte de l'utilisation généralisée de l'informel panya itinéraires empruntés par des personnes cherchant à éviter les frais, la fiscalité, les autorités militaires ou d'autres risques associés aux points de passage officiels.
  • Commerce politisé Veillez à ce que toutes les mesures frontalières liées à l'Ebola prennent en compte l'importance et la sensibilité politique du corridor commercial Djouba-Nimule ainsi que les tensions actuelles touchant les camionneurs d'Afrique de l'Est.
  • Accaparement des terres aux frontières : Considérez comment l'accaparement des terres par des acteurs armés gouvernementaux au Sud-Soudan ainsi que par les forces de défense du peuple ougandais (UPDF) autour de Nimule et de Kajokeji contribue au déplacement et à l'insécurité.
  • Zones frontalières boisées : Reconnaître que les zones frontalières boisées facilitent la mobilité transfrontalière, le commerce et les trafics, tout en soutenant les liens ethniques et les économies des groupes armés.
  • Commerce de l'or Intégrer une compréhension de la mobilité, de la saisonnalité, de la dynamique du genre et du contrôle armé associés à l'exploitation et au commerce artisanal de l'or dans la planification de la préparation et de la riposte face à Ebola.
  • Marchés transfrontaliers : Protéger les moyens de subsistance des femmes et leur accès à l'alimentation en s'attaquant aux craintes liées à Ebola et aux perturbations dans les marchés transfrontaliers dont dépendent de nombreux ménages dirigés par des femmes.
  • Craintes liées à Ebola : Aborder les craintes liées à Ebola et leur interaction avec les croyances locales en mobilisant les autorités coutumières, les guérisseurs, les devins et d'autres acteurs locaux de confiance.
  • Engager les populations transfrontalières : Travailler avec des chefs de confiance, des comités de réfugiés, des équipes de santé, des organisations commerciales et des comités transfrontaliers pour soutenir la communication et la surveillance, tout en évitant les tentatives risquées de traquer les groupes armés.
  • Adaptation des pratiques funéraires : Travailler localement avec les familles, les chefs religieux et les autorités coutumières pour identifier des adaptations sûres qui préservent les éléments culturellement importants d'un enterrement digne.
  • Surveillance: Compte tenu de la faible connectivité et de la portée limitée de la surveillance numérique, complétez le contrôle aux frontières et dans les structures de santé par une écoute communautaire hors ligne structurée.
  • Communication des risques et engagement communautaireAdapter la communication sensible au genre à des groupes spécifiques et prioriser les méthodes interpersonnelles et les langues accessibles pour les populations ayant de faibles compétences en lecture.
  • Recherche des contacts : Recruter des recherchistes de contacts de confiance et manifestement neutres, capables d'apaiser les craintes que des informations personnelles soient partagées avec des acteurs armés ou politiques.
  • Collaboration avec des acteurs armés et du personnel de sécurité : Ne faites pas intervenir d'acteurs armés pour localiser les cas, retracer les contacts, imposer des enterrements sécurisés ou transporter des personnes, car cela pourrait compromettre la confiance et renforcer l'idée que l'Ebola est une arme de guerre.
  • Renforcement du système de santé : Harmoniser la préparation à Ebola avec les stratégies humanitaires à plus long terme et utiliser les investissements pour renforcer un système de santé confronté aux conflits, au déclin économique, aux coupes dans l'aide et à des crises multiples.
  • Autres recherches en sciences sociales : Poursuivre la recherche sur l'évolution de la mobilité, les perceptions du contrôle aux frontières, les impacts sur les moyens de subsistance, la protection sociale et l'évolution des structures de pouvoir et d'autorité publique dans les zones frontalières.

 

À propos de ce briefing

La flambée actuelle du virus Ebola de Bundibugyo, confirmée dans la province de l'Ituri en République démocratique du Congo (RDC) le 15 mai 2026, présente des risques pour les pays voisins. L'Ouganda a signalé des cas le même jour chez des voyageurs en provenance de la RDC, soulignant la menace d'une transmission transfrontalière favorisée par la porosité des frontières, les déplacements, les conflits et les liens sociaux et commerciaux étroits. Bien que le Sud-Soudan n'ait pas signalé de cas au moment de la rédaction de ce rapport (13 août 2026),1 il a renforcé les efforts de préparation, en particulier dans la région du Grand Équateur méridional (États de l'Équatoria oriental, de l'Équatoria central et de l'Équatoria occidental au Soudan du Sud), en raison de sa frontière commune avec les zones touchées en RDC et en Ouganda.2,3

Les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) mettent l'accent sur une approche sensible à la mobilité et transfrontalière inspirée par les précédentes épidémies d'Ebola transfrontalières.4 L'approche intègre les mouvements de population et les besoins de protection pour soutenir des interventions ciblées et adaptées au contexte aux points de passage frontaliers, le long des axes de transport et dans d'autres lieux à haut risque.

Cette note d'orientation met à jour les analyses précédentes de la Plateforme des sciences sociales dans l'action humanitaire (SSHAP),5–7 et s'appuie sur des consultations avec des coauteurs et des examinateurs, des recherches sur le Web et des revues de la couverture médiatique pour mettre en évidence les principales considérations socio-économiques et politiques dans les zones frontalières entre le Soudan du Sud et la RDC qui façonnent la préparation et la riposte à Ebola. Il se concentre sur les moyens de subsistance transfrontaliers, la mobilité, la sécurité et la recherche de soins de santé, en accordant une attention particulière à la préparation et aux conséquences socio-économiques des mesures de santé transfrontalières, du côté sud-soudanais de la frontière. Des recherches complémentaires du Collectif Ituri et du Réseau de réponse multirisques fournissent un contexte supplémentaire sur la RDC.8–11

 

Considérations clés

  • Conceptualisation des frontières : Le Soudan du Sud bénéficie d'une planification substantielle de la préparation continentale depuis mai 2026. Un concept clé guidant les discussions sur la préparation lors des réunions et des formations dans le pays concerne ce qui constitue une ‘ frontière ’. Plutôt qu'une simple ligne ou limite, aux fins de la préparation, une frontière doit être considérée de manière plus significative comme réseau de personnes, de marchés, de guérisseurs, de cliniques et de routes à travers lequel le risque circule.
  • Mouvements de la RDC vers le Sud-Soudan : À compter d'août 2026, la frontière entre la RDC et l'Ouganda est fermée pour contribuer à contrôler la transmission d'Ebola, mais les frontières de l'Ouganda et de la RDC avec le Soudan du Sud restent ouvertes. Bien que les données indiquent que la fermeture de la frontière entre la RDC et l'Ouganda n'a pas éliminé les déplacements, les acteurs de la réponse au Soudan du Sud supposent qu'un plus grand nombre de personnes originaires de la RDC transitent désormais par le Soudan du Sud pour rejoindre l'Ouganda en empruntant des points de passage formels et informels. Fin mai 2026, juste après la fermeture de sa frontière par l'Ouganda, on estimait qu'environ 1 000 personnes par jour voyageaient par la route entre Bunia, la capitale de la province de l'Ituri, et le Soudan du Sud, via le point d'entrée de Kengezi Base/Morobo, sur la route menant à Yei.
  • Mouvements de réfugiés: Il existe de petites populations de réfugiés de longue date originaires du Soudan du Sud en RDC (90 000 dans les provinces du Haut-Uélé et de l'Ituri) et de la RDC au Soudan du Sud (15 000 en Équatoria occidental). L'insécurité alimentaire est souvent le moteur des flux pendulaires de part et d'autre de la frontière. Cependant, la plupart des réfugiés de l'Équatoria occidental préfèrent désormais rejoindre le million et plus d'autres personnes déplacées du Soudan du Sud en Ouganda, en raison de l'accès à l'éducation en anglais. Les réfugiés de tous les sites doivent se déplacer périodiquement de l'autre côté des frontières communes pour explorer des opportunités de subsistance, maintenir leurs droits sur la terre, ou pour des raisons sociales telles que assister à des funérailles ou ramener des proches décédés chez eux pour un enterrement digne.
  • Perceptions des postes frontaliers au Sud-Soudan: Les frontières entre le Sud-Soudan, la RDC et l'Ouganda sont poreuses et de nombreux voyageurs utilisent panya pistes (pistes informelles dans la brousse). Les postes frontières officiels sont souvent regardés avec suspicion car ils sont perçus comme faisant partie de l'appareil politique et économique des politiciens et de l'État pour prélever des impôts. De tels itinéraires informels sont utilisés par des personnes qui craignent les autorités militaires aux postes frontières, des petits commerçants qui ne peuvent pas payer les frais de douane, des personnes qui font le commerce de produits illicites et par des groupes d'opposition armés.
  • Commerce politisé: Le commerce du Sud-Soudan avec l'Ouganda et le Kenya, via le point de passage frontalier officiel de Nimule en Équatoria oriental et le long du corridor Juba-Nimule, est vital pour l'approvisionnement alimentaire du pays, d'autant plus que la guerre au Soudan a limité les routes d'approvisionnement du nord, mais ce corridor est devenu de plus en plus politisé. Des pourparlers de haut niveau entre les gouvernements du Kenya et du Sud-Soudan, ainsi que des discussions entre politiciens et administrateurs ougandais et sud-sudanais, ont été centrés sur les plaintes de longue date des camionneurs d'Afrique de l'Est qui font l'objet de violences récurrentes et d'extortion de la part du personnel de sécurité aux frontières et des groupes armés. Toute restriction frontalière liée à Ebola interviendrait donc dans ce contexte commercial déjà politisé.
  • Accaparement des terres aux frontières: Les frontières autour de Nimule et de Kajokeji font également l'objet d'accaparements de terres par des acteurs armés du gouvernement au Soudan du Sud ainsi que par la Force de défense du peuple ougandais (UPDF), ce qui contribue au déplacement forcé.
  • Zones frontalières boisées: Ces zones de l'Equatoria occidental et central (qui bordent les provinces du Haut-Uélé et de l'Ituri en RDC) offrent un mélange de sécurité, de liberté de mouvement transfrontalier, ainsi que des opportunités de commerce et de trafic. De nombreux groupes ethniques vivent de part et d'autre de la frontière. Les groupes armés de cette région financeraient leurs opérations grâce à l'exportation illicite de ressources naturelles, notamment le bois et l'or, ainsi que par le braconnage.
  • Commerce de l'or: On pense que la flambée épidémique actuelle en Ituri, en RDC, a commencé dans la ville minière aurifère de Mongbwalu. L'exploitation minière artisanale de l'or structure l'économie provinciale de l'Ituri et génère d'importants flux de personnes vers et depuis les sites miniers, de sorte qu'il est vital pour la riposte contre Ébola de comprendre l'économie politique de ce commerce. Le commerce de l'or au Sud-Soudan présente certaines similitudes avec l'Ituri, telles que sa saisonnalité, la division du travail selon le genre et son contrôle par des acteurs armés et des élites politiques. Cependant, il est d'une échelle plus restreinte et il semble y avoir peu de liens directs entre les personnes impliquées dans le commerce de l'or jusqu'à ce que les flux atteignent le nord-ouest de l'Ouganda et s'y combinent. L'or de Yei et d'autres sites d'Équatoria-Central transitent par le poste frontière officiel de Nimule avec la coopération d'acteurs militaires des deux côtés de la frontière entre le Sud-Soudan et l'Ouganda, ainsi que par un grand nombre de postes frontaliers informels et panya les routes de l'Équatoria-Central et de l'Équatoria-Occidental par des commerçants individuels cherchant à éviter les groupes armés.
  • Marchés transfrontaliers: De nombreux marchés transfrontaliers sont implantés dans les zones frontalières entre le Soudan du Sud, la RDC et l'Ouganda. La plupart des petits commerçants sont des femmes issues de ménages monoparentaux féminins qui dépendent du commerce transfrontalier comme principale source de revenus. Des données probantes provenant de Yambio, dans l'Équatoria occidental, indiquent qu'un marché hebdomadaire a été suspendu, les commerçantes craignant de s'y rendre en raison des risques liés à Ebola, ce qui a entraîné une hausse du prix des produits de base importés.
  • Craintes liées à Ebola: L'Ebola est redouté dans la région du Grand Équateur et il existe des précédents de collaboration entre les communautés et les autorités concernant les mesures de santé publique contre l'Ebola lors des épidémies passées, en particulier dans le domaine des enterrements sans risque et dans la dignité. Les autorités locales de Yei ont déjà joué un rôle déterminant pour contrer efficacement les rumeurs et rassurer le public, comme cela a été le cas lorsqu'un soldat souffrant d'ulcères a été vu en train de vomir du sang. Parallèlement, les croyances liées à la sorcellerie et à l'empoisonnement sont monnaie courante dans les zones frontalières du Sud et ont historiquement entraîné des violences. Certaines formes de sorcellerie seraient importées de l'Ouganda et de la RDC, et il est possible que les récits entourant l'Ebola interagissent avec ces perceptions et croyances locales. Il sera donc également important de mobiliser les autorités coutumières, les devins, les guérisseurs et les ‘ sorciers ’ pour apaiser les craintes au sein du grand public.
  • Engager les populations transfrontalières:
    • Pendant les épidémies au Sud-Soudan, les chefs coutumiers s'attendent à être formés par les autorités gouvernementales et les partenaires sur des sujets de santé afin de pouvoir servir de point de contact principal pour leurs communautés et d'organiser l'action communautaire. Dans certaines zones de la région du Grand Équatoria, cependant, les chefs font face à des risques de sécurité en se déplaçant entre les villes contrôlées par le gouvernement et la campagne contrôlée par les rebelles, et peuvent donc entretenir des relations différentes avec ces différents groupes de personnes.
    • Dans les camps de réfugiés, la communication doit passer par des autorités non coutumières telles que les comités de bien-être des réfugiés et les équipes de santé villageoises.
    • Il est possible de joindre les commerçants transfrontaliers par l'intermédiaire des dirigeants des organisations commerciales, qui sont généralement basés dans les zones de marché de tous les payams et dans les grands centres urbains. Il convient de les mobiliser pour qu'ils diffusent l'information auprès de leurs collègues, mais aussi pour qu'ils fassent partie d'un système de surveillance communautaire reliant les zones urbaines et rurales.
    • Il peut également être demandé aux habitants des zones frontalières de participer à des comités transfrontaliers pour donner des avis sur les stratégies de surveillance et d'intervention.
    • Le mouvement des groupes armés à travers les frontières est imprévisible et clandestin. Les tentatives pour tracer ou contrôler ces mouvements, même dans le contexte de la préparation à Ebola, seraient probablement dangereuses et auraient des implications politiques directes.
  • Adapter les pratiques funéraires:
    • Les Sud-Soudanais ont des décennies d'expérience dans l'adaptation ou la suspension des pratiques funéraires en raison de la guerre, des inondations, de la migration, de l'urbanisation et des urgences de santé publique, y compris Ebola. Mobiliser les leaders religieux et coutumiers et travailler avec les familles pour discuter des adaptations potentielles peut réduire les tensions autour des funérailles et faire en sorte que les communautés estiment que le défunt a bénéficié d'un enterrement digne.
    • Des funérailles dignes sont considérées comme essentielles tant pour les vivants que pour les défunts. Entre autres, la prise en charge et le soutien financier des veuves, des enfants et des personnes à charge vulnérables sont souvent décidés lors des funérailles, il est donc important d'aider les communautés à pouvoir continuer à organiser des enterrements de manière sûre.
    • Les pratiques funéraires, qu'il s'agisse du transport et de la toilette des corps ou de la disposition des membres dans les positions correctes, varient considérablement d'un groupe à l'autre dans les régions frontalières, y compris au sein des populations déplacées d'autres zones. Ces pratiques doivent donc être évaluées au niveau local et en collaboration avec des groupes spécifiques afin de comprendre quelles activités constituent un risque de transmission et qui est le plus susceptible d'y participer.
  • Surveillance: Les principales sources de données concernant les personnes présentant des symptômes similaires à ceux d'Ebola proviennent du personnel de dépistage travaillant aux côtés des agents de sécurité et de douane aux points frontaliers, des agents de santé dans les structures sanitaires, et des ‘ agents de santé communautaires des bomas ’ au niveau communautaire dans les comtés prioritaires. Par rapport à la RDC et à l'Ouganda, les publications sur les réseaux sociaux en provenance du Sud-Soudan sont davantage limitées par la connectivité des télécommunications, ceukung suggérant des opportunités plus restreintes pour les technologies numériques d'identifier les signaux d'alerte précoce. L'écoute de terrain structurée hors ligne et d'autres approches sont nécessaires pour soutenir la surveillance événementielle d'Ebola et faire émerger les récits communautaires sur la riposte de manière plus générale.
  • Communication des risques et engagement communautaire: Les supports de communication et les efforts d'engagement doivent continuer à être adaptés aux différents groupes de parties prenantes et sensibles au genre. De nombreuses personnes, en particulier les femmes, ont un faible niveau d'alphabétisation (environ 29 pour cent) et préfèrent les méthodes de communication interpersonnelle. Les documents écrits en anglais ou en arabe de Juba sont souvent mal compris par les membres de la communauté, même s'ils parlent ces langues dans une certaine mesure.
  • Recherche de contacts: Parmi les communautés qui ont récemment subi des pertes et des exactions à grande échelle de la part de différentes factions armées, il est probable que le fait de demander aux gens des détails sur leurs déplacements et leurs relations sociales dans le cadre des efforts de recherche des contacts soit perçu avec suspicion. De nombreuses personnes craindront que ces informations ne soient transmises au gouvernement, à l'opposition et aux groupes rebelles pour être utilisées dans le cadre des hostilités en cours. Il est donc important que le personnel recruté pour la recherche des contacts jouisse de la confiance des communautés où il travaille et soit perçu comme neutre, sans liens actifs avec des groupes armés.
  • Collaboration avec des acteurs armés et du personnel de sécurité: Bien que certains personnels armés (forces pro-gouvernementales, milices et forces organisées, notamment les services de police et de lutte contre l'incendie, les gardiens de prison et le personnel de la faune sauvage) aient déjà joué un rôle dans les activités de préparation, en cas de cas d'Ebola confirmé, les acteurs armés ne devraient pas être utilisés pour traquer les cas suspects d'Ebola ou participer aux efforts de recherche des contacts, en particulier sur le territoire autrefois contrôlé par l'Armée populaire de libération du Soudan en opposition (SPLA-IO), le Front de salut national (NAS) ou d'autres milices. L'implication d'acteurs armés dans l'imposition d'enterrements sûrs ou dans le transport de personnes vers les centres de traitement d'Ebola pourrait miner la confiance au niveau local et accroître les craintes qu'Ebola ne soit une arma de guerre utilisée par le gouvernement pour contraindre, contrôler, déplacer et surveiller les populations touchées.
  • Renforcement du système de santé: Des années de conflit, de déclin économique et de réductions de l'aide ont mis à mal le système de santé du Soudan du Sud, qui doit faire face à de multiples crises concomitantes qui touchent la population. Il est donc important pour les agences d'intervention, les agents de santé et le public que les efforts de préparation à Ebola contribuent plus largement au renforcement du système de santé et soient alignés sur les stratégies humanitaires à plus long terme.
  • Autres recherches en sciences sociales : Des recherches supplémentaires et continues sont nécessaires sur les dynamiques transfrontalières actuelles, y compris les perceptions des populations mobiles concernant les procédures de dépistage aux points de passage frontaliers, la manière dont la mobilité a pu changer et dont les moyens de subsistance ont été affectés, ainsi que sur les options de protection sociale disponibles. Une cartographie détaillée du pouvoir et de la manière dont l'autorité publique a été affectée par le conflit actuel et d'autres dynamiques de crise pourrait également fournir des informations plus précises pour éclairer l'engagement communautaire dans les zones frontalières de l'Équatoria central et occidental.

 

Borderlands : Caractéristiques socio-économiques

 

Géographie

Le ministère de la Santé du Soudan du Sud et l'OMS ont identifié 15 comtés présentant un risque élevé d'importation d'Ebola (figures 1 et 2). Quatorze se trouvent le long des frontières méridionales du Soudan du Sud dans les États d'Équatoria oriental, central et occidental (collectivement appelés les Équatorias ou région du Grand Équatoria). Ceux-ci comprennent, d'ouest en est : Tambura, Ezo, Nzara, Yambio, Ibba et Maridi (Équatoria occidental, limitrophe de la République centrafricaine (RCA) et de la RDC), Yei, Morobo et Kajokeji (Équatoria central, limitrophe de la RDC et de l'Ouganda) et Magwi, Torit, Ikotos, Budi et Kapoeta Sud (Équatoria oriental, limitrophe de l'Ouganda et du Kenya).12 La capitale, Djouba, située dans le nord du ജില്ല centrale de l'Équatoria, est également considérée comme présentant un risque élevé car il s'agit d'un important carrefour de transport situé à moins de 200 km des frontières de la RDC et de l'Ouganda. Les cartes des risques créées par REACH, qui intègrent le nombre de personnes infectées et les habitudes de mobilité des abonnés à la téléphonie mobile voyageant vers et depuis les zones touchées en RDC, suggèrent que les activités de préparation à Ebola devraient donner la priorité à l'Équatoria central et occidental (Figure 1).2,13 Fin juillet 2026, certaines mesures de préparation ont également été étendues à la ville de Bor, dans l'État de Jonglei, étant donné qu'il s'agit d'un carrefour de transport clé au-delà de Juba.14

Le Bahr el-Ghazal occidental et la partie sud du Bahr el-Ghazal central constituent la ceinture verte du pays où l'agriculture est le principal moyen de subsistance, tandis que les zones frontalières du Bahr el-Ghazal oriental deviennent montagneuses puis pastorales, où l'élevage du bétail prédomine et constitue un élément important des échanges et de la coopération sociale. Bien que certaines parties de la frontière sud suivent des montagnes, des parcs à gibier ou des routes, la démarcation des limites des terres le long de la plus grande partie de la frontière n'est pas claire.

Le Nil Blanc, qui coule vers le nord depuis le lac Albert en Ouganda, à la frontière avec la RD Congo, entre au Soudan du Sud à Nimule, puis coule vers le nord en traversant Djouba et Bor, les grandes zones humides du Sudd, et remonte jusqu'au Soudan. Bien que le fleuve soit important pour le transport de l'aide humanitaire et d'un certain commerce au nord de Bor, entre le lac Albert et Bor, il n'est navigable que par des canoës. Le commerce se fait par la route à la place.15

Toutes les flambées épidémiques d'Ebola précédentes au Sud-Soudan en 1976, 1979 et 2004 sont apparues dans les forêts tropicales d'Equatoria occidental, principalement à Nzara, Maridi, Tambura et Yambio, certains cas s'étant propagés et ayant été identifiés dans la capitale nationale, Juba.16,17 L'Équatoria occidental et l'Équatoria central sont également les États les plus touchés par l'épidémie actuelle de mpox, tandis que les cas liés aux épidémies en cours de choléra, de poliomyélite, de rougeole et d'hépatite E sont davantage concentrés dans le nord, le centre et l'est du Soudan du Sud, y compris dans le Jonglei ; ces zones sont également touchées par de graves inondations, des conflits, des déplacements et l'insécurité alimentaire.14,18 Presque tout le pays connaît une transmission élevée du paludisme tout au long de l'année.

Figure 1 : Zones de santé (RDC) et comtés (Soudan du Sud) à risqué d'Ebola, basés sur les schémas historiques de mobilité

Carte montrant les zones de santé de la République démocratique du Congo et des comtés voisins du Soudan du Sud à risque d'Ebola, sur la base des schémas historiques de mobilité.
Carte montrant les zones de santé en République démocratique du Congo et les comtés voisins du Sud-Soudan à risque d'Ebola, sur la base des schémas historiques de mobilité. Source : Impact Initiatives (2026). Reproduit avec autorisation.

 

 

Figure 2 : Localisation des comtés du Sud-Soudan présentant un risque élevé d'importation d'Ebola, ainsi que les couloirs de déplacement et la présence de partenaires opérationnels

Carte indiquant l'emplacement des comtés du Sud-Soudan présentant un risque élevé d'importation d'Ebola, ainsi que les couloirs de déplacement et la présence de partenaires opérationnels.
Carte indiquant l'emplacement des comtés du Sud-Soudan présentant un risque élevé d'importation d'Ebola, ainsi que les corridors de voyage et la présence de partenaires opérationnels. Source : Organisation mondiale de la santé 2026. Reproduit avec autorisation.

 

 

Liens sociaux transfrontaliers, ethnicité et langue

Les zones frontalières se caractérisent par d'importants liens historiques, culturels, socio-économiques et commerciaux. Le Soudan du Sud abrite environ 70 groupes ethniques. Parmi les plus importants des zones frontalières méridionales figurent les Toposa, les Didinga, les Lotuko, les Lokoya, les Acholi et les Madi (Équatoria-Oriental), les Bari, les Pöjulu, les Nyangwara, les Mandari, les Kuku et les Kakwa (Équatoria-Central), ainsi que les Moru, les Baka et les Azande (Équatoria-Occidental), dont plusieurs s'étendent en Ouganda, en RDC et dans d'autres pays voisins (Tableau 1).10,11 Certains de ces groupes, notamment les Acholis, les Madis, les Kakwas et les Azandes, sont divisés par des frontières internationales, leurs membres habitant des parties de pays voisins.

Ces identités ne sont donc ni figées ni strictement séparées. Il existe une longue histoire d'échanges, de déplacements et de métissage entre les groupes, avec des langues, des cultures et des pratiques partagées. Les mariages interethniques sont fréquents, tant entre les groupes ethniques qu'au sein de ceux-ci dans les zones frontalières. Des familles vivent de part et d'autre des frontières nationales officielles et certaines partagent leur vie entre plusieurs pays comme stratégie pour rester en sécurité.12 Par exemple, les Zandés du Sud-Soudan, de la RDC et de la RCA se marient fréquemment et entretiennent de vastes réseaux sociaux.

Les mouvements de population de part et d'autre des zones frontalières sont importants et fluides, les gens se déplaçant pour rendre visite à leur famille, pour des raisons économiques, pour se rendre sur leurs terres agricoles, pour aller à l'école et rechercher des soins de santé traditionnels et biomédicaux, ainsi que pour des raisons de sécurité. Cette zone frontalière trinationale serait donc mieux perçue comme une zone frontalière plutôt que comme une ligne frontalière qui serait impossible à contrôler et à surveiller efficacement à travers la forêt dense.

Alors que de nombreuses communautés sud-soudanaises ont cherché refuge en RDC lors de périodes d'insécurité antérieures, et que certaines y restent encore, la majorité des réfugiés sud-soudanais, y compris ceux originaires de régions proches de la frontière congolaise, cherchent désormais refuge en Ouganda, perçu comme plus stable et doté d'un système éducatif solide qui utilise l'anglais.13 L'anglais est devenu la seule langue officielle utilisée dans le gouvernement et l'éducation après l'indépendance en 2011, mais l'arabe de Juba sert de lingua franca la plus répandue pour la communication quotidienne et est la langue utilisée par l'armée. L'utilisation des langues locales est cependant essentielle pour une communication directe avec les communautés éloignées touchées et à risque. En Equatoria occidental, les langues locales sont le zande, l'avokaya, le baka, le morokodo et le mündü, et autour de Tambura, elles comprennent le belanda bor et le belanda viri. Du côté de la frontière de la RDC, l'avokaya est également parlé (et possède un certain nombre de dialectes), le lingala est limité aux plus grands centres urbains et le bangala est largement utilisé pour le commerce.7

 

Tableau 1 : Localisation des principaux groupes ethniques dans le Grand Équatoria et leurs relations ethno-linguistiques en Ouganda et en RDC

Regroupement linguistique (Pays où ils se trouvent) Groupe ethnique (présent en Équatoria, au Soudan du Sud) Emplacement principal
Soudan du sud Ouganda RD Congo
langues surmiques (Soudan du Sud, Éthiopie) Didinga Budi
Ateker-Lotuko

Langues maa (Soudan du Sud, Éthiopie, Ouganda, Kenya, Tanzanie)

Lotuko, Lokoya, Toposa/Jiye Torit, Ikotos, Juba, Lafon, Kapoeta, certaines parties de l'État de Jonglei Karamoja
Langues lues (Soudan du Sud, Ouganda, RDC, Éthiopie, Kenya, Tanzanie) Acholi Magwi Gulu, Kitgum, Amuru, Lamwo, Agago, Nwoya, Omoro, Pader
dialectes bari (Soudan du Sud, Ouganda, RDC) Kakwa Yei, Morobo Koboko, Yumbe
Coucou Kajokeji Moyo
Bari, Pöjulu, Nyangwara, Mandari Juba, Terekeka, Lainya
langues moru-madi (Soudan du Sud, Ouganda, RDC) Ma’di, Olu’bo Magwi, Juba Adjumani, Moyo
Avokaya, Logo Maridi Faradje (Haut-Uélé)
Moru/Morokodo Maridi
Keliko, Omi Morobo Ituri
Lugbara, Aringa Arua, Maracha, Terego, Madi-Okollo, Yumbe, Koboko Ituri
langues bongo-baka-bagirmi (RCA, Tchad, Soudan du Sud, Soudan) Idiot Maridi, Yei
Langues zandés (RCA, Soudan du Sud, RDC) Zandé Yei, Maridi, Yambio, Tamura, des parties du Bahr el-Ghazal occidental Bas-Uélé, Haut-Uélé, Tshopo

Données des auteurs. Réalisé à partir des données de McKulka (2013)19.

 

Communautés de réfugiés

Le nombre total de réfugiés et de demandeurs d'asile sud-sudanais vivant dans les pays voisins a augmenté de façon spectaculaire entre 2014 et 2018, en raison des conflits politiques qui ont débuté à Juba pour s'étendre au nord-est du pays et aux régions des Équatorias. À la suite de l'accord de paix de 2018, le nombre de réfugiés sud-sudanais vivant dans les pays voisins est resté stable à environ 2 millions de fin 2018 jusqu'à la mi-2024, mais il augmente lentement depuis lors.

L'Ouganda abrite la plus grande proportion de réfugiés et de demandeurs d'asile sud-soudanais, qui vivent dans des camps situés près des frontières ou de manière autonome dans les zones urbaines. On dénombre plus de 1 056 000 réfugiés et demandeurs d'asile sud-soudanais en Ouganda.20 Cependant, certains de ces réfugiés et demandeurs d'asile ont besoin de traverser à nouveau périodiquement les frontières communes pour explorer des opportunités de subsistance, pour préserver leurs droits sur des terres, ou pour des raisons sociales telles que assister à des funérailles ou ramener des proches décédés chez eux pour un enterrement digne. Un exemple poignant de déplacement persistant est celui de centaines de Sud-Sudanais des zones frontalières du comté de Kajokeji, provoqué par de prétendues attaques des Forces de défense du peuple ougandais (UPDF) sur un territoire revendiqué à la fois par l'Ouganda et le Sud-Soudan.21 De plus, après la chute du gouvernement de Khartoum en avril 2023, de nombreux Sud-Soudanais qui s'étaient installés au Soudan ont dû fuir, mais ne se sentaient pas en sécurité pour retourner dans leurs régions d'origine. De nombreux Nuer du nord du Soudan du Sud, par exemple, ont choisi de se réinstaller en Ouganda. C'est l'exemple d'un groupe de réfugiés dont on pourrait s'attendre à ce qu'il ait moins de mouvements transfrontaliers.

En RDC, il y a environ 90 000 réfugiés et demandeurs d'asile sud-sudanais, principalement dans des camps situés dans le nord de la province du Haut-Uélé (un camp, Aba) et dans celle de Ituri (quatre camps), incluant un flux faible mais continu vers la chefferie Kakwa à Aru, en RDC, à la frontière ougandaise, en provenance de l'Ouganda.22 Les flux pendulaires à travers la frontière entre le Soudan du Sud et la RDC sont principalement motivés par l'insécurité alimentaire, l'aide humanitaire dans les deux pays étant entravée par des emplacements reculés, des contextes opérationnels peu sûrs et des réductions du financement de l'aide.

Le Sud-Soudan accueille des populations de réfugiés beaucoup plus petites en provenance des pays voisins du Sud, notamment environ 15 000 de la RDC, 5 000 de la RCA et 500 de l'Ouganda, et environ 64 000 réfugiés et demandeurs d'asile au total vivent dans les Equatorias.23,24 Il y a six camps de réfugiés en Équatoria occidental (notamment celui de Makpandu, qui compte environ 14 000 personnes près de Yambio) et trois en Équatoria central (notamment celui de Gorom, avec environ 17 000 personnes près de Juba), ainsi que d'autres populations de réfugiés et de demandeurs d'asile installés par leurs propres moyens à Juba (environ 20 000) et à Maridi.24 Les structures de santé qui desservent ces implantations dépendent fortement du soutien du HCR et des ONG pour les fournitures médicales et le personnel. Les camps de réfugiés disposent généralement de structures existantes de surveillance à base communautaire grâce à des agents de santé communautaires réfugiés formés, qui peuvent être mobilisés pour la riposte à Ebola.

Moyens de subsistance et commerce transfrontalier

Des années d'instabilité et de faible gouvernance ont laissé le Soudan du Sud avec de piètres capacités de production nationale et une dépendance à l'égard des importations de biens et services de consommation. La grande majorité des importations officielles provient des pays voisins, l'Ouganda et le Kenya, tandis que le commerce informel transite également par la RDC et le Soudan. Les sources est-africaines sont devenues encore plus importantes depuis que la guerre au Soudan a perturbé les routes commerciales du nord en 2023. Toutes les restrictions frontalières liées à Ebola s'appliqueraient donc dans ce contexte commercial déjà politisé.

Le commerce commercial à grande échelle s'effectue principalement par le point de passage de Nimule, à la frontière avec l'Ouganda, qui fait également l'objet de la plus grande attention politique. Des grèves de chauffeurs routiers d'Afrique de l'Est au cours des six dernières années ont cependant perturbé à plusieurs reprises la circulation des marchandises à cet endroit, affectant les approvisionnements en nourriture, en carburant et en autres produits de première nécessité dont dépendent les habitants de Juba. Le ministère des Affaires de la Communauté d'Afrique de l'Est du gouvernement kenyan a récemment entamé des pourparlers de haut niveau avec le Soudan du Sud pour répondre aux plaintes persistantes de l'association des camionneurs concernant les agressions, les fusillades, les barrages routiers illégaux et les extorsions commis par les agents de sécurité et les groupes armés opérant le long du corridor Nimule-Juba.22 Ce poste-frontière a également été le théâtre d'une crise commerciale avec l'Ouganda en 2023, lorsque l'Office national des normes du Soudan du Sud a immobilisé pendant deux mois 70 camions transportant des céréales d'une valeur de $2,7 millions de dollars américains, craignant que ces denrées alimentaires ne contiennent des taux élevés d'aflatoxines toxiques issues de moisissures.25 La route de passage de Nimule est également importante pour de nombreuses personnes de la classe moyenne et plus aisées à Juba qui ont de la famille à Kampala.

Le commerce s'exerce également aux postes-frontières officiels en Équatoria central à Lasu (frontalière de la province du Haut-Uélé en RDC) et à Kaya (frontalière de l'Ouganda, avec une liaison routière directe vers la province de l'Ituri, en RDC), ainsi qu'à Nabiapai en Équatoria occidental (frontalière également du Haut-Uélé). Des femmes commerçantes vendent leurs marchandises sur les nombreux marchés frontaliers de plus petite envergure. La majeure partie du commerce informel avec la RDC consiste en de petites marchandises transportées à moto ou à vélo. Les petits commerçants paient généralement une taxe forfaitaire mensuelle et évitent les droits de douane supplémentaires à moins d'être arrêtés à un barrage routier.

Il existe également un vaste commerce illicite de bois, d'or, de pétrole, de bétail et d'autres produits de base, concentré autour des zones frontalières entre la RDC, le Nil occidental dans le nord-ouest de l'Ouganda et le Soudan du Sud. Des braconniers lourdement armés opèrent également dans la région, chassant des parties d'animaux sauvages (ivoire, écailles de pangolin) ainsi que de la viande de brousse, et traversent les frontières entre le Soudan du Sud, la RCA et le nord-est de la RDC, pénétrant notamment dans le parc national de Garamba.7 Des groupes armés de la région financeraient en grande partie leurs opérations par l'exportation illicite de ressources naturelles.26

L'or extrait dans les régions de Djuba, Lobonok et Yei est généralement exporté de Djuba par voie aérienne, ou vers Kampala, en Ouganda, via le point de passage de Nimule. L'or de Yei est également transporté vers Arua, en Ouganda, via le point de passage de Kaya et combiné aux flux provenant de la RDC.27 Une petite quantité est également sortie clandestinement par le poste frontière de Lasu (à l'ouest de Yei) vers la RDC à destination d'Aba (Haut-Uélé), où des groupes armés du Sud-Soudan et de la RDC facilitent son acheminement vers Arua. L'or de Kapoeta va au Kenya. Au Sud-Soudan, l'exploitation minière artisanale à petite échelle est généralement pratiquée par les populations locales, les hommes étant chargés du creusage et les femmes du lavage de l'or.27 L'exploitation minière se fait principalement pendant la saison sèche, lorsqu'il est plus sûr de creuser des trous dans les lits des rivières.28 Les sites miniers et les réseaux de transport sont contrôlés par des élites politiques et des groupes armés, avec de précédents paroxysmes de violence autour des sites à Lainya, Lobonok, Yei et dans la zone de la rivière Kaya (Équatoria-Central) et à Tambura (Équatoria-Occidental), ce qui peut éloigner les mineurs locaux.29 Des acteurs militaires des deux côtés de la frontière entre le Sud-Soudan et l'Ouganda coopèrent pour acheminer de l'or par les points de contrôle officiels, tandis que les petits commerçants ont tendance à utiliser panya routes. La triple frontière entre la RDC, le Sud-Soudan et l'Ouganda abrite un grand nombre de postes frontaliers ou de points de contrôle informels, notamment à Oraba, Salia Musaba, Busia et Koboko, qui peuvent abriter des marchés, sont principalement accessibles en moto, et où des frais de passage non officiels sont négociés entre soldats et commerçants.29

Le commerce de bétail le long des frontières méridionales est courant et s'effectue principalement de manière informelle. Les éleveurs nomades Fellata/Mbororo du Soudan migrent pendant la saison sèche avec de grands troupeaux vers l'Ouest et le Centre-Equatoria et vendent le bétail à des commerçants qui le déplacent ensuite vers le Parc national de la Garamba, en RDC. Les Fellata/Mbororo installent souvent leurs camps dans les forêts pour éviter les conflits avec les agriculteurs, mais les femmes peuvent se rendre sur les marchés pour vendre des produits laitiers et acheter d'autres produits de base.30 Ils ont souvent des relations tendues avec les autorités qui qualifient leur présence d'illégale et tentent d'imposer des amendes au groupe.

La viande de brousse est une source importante et populaire de protéines animales en Équatoria occidental, et le commerce de la viande de brousse réunit les populations rurales et urbaines, servant de voie potentielle de transmission interhumaine.7

La frontière entre la RDC et l'Ouganda est actuellement fermée, mais les frontières avec le Sud-Soudan restent ouvertes. La dynamique commerciale entre le Sud-Soudan, la RDC et l'Ouganda constitue un facteur de risque en termes de propagation d'Ebola, mais offre également une opportunité potentielle pour les efforts de préparation et de prévention par le biais des commerçants. C'est un point critique, non seulement pour leur sécurité, mais aussi parce qu'ils peuvent accéder à des zones où de nombreux acteurs de la préparation ont du mal à travailler en raison de la situation insécure, possèdent une connaissance approfondie de la connectivité transfrontalière et peuvent diffuser des informations auprès de multiples communautés.

Autorité publique dans les zones frontalières

Les agents de l'immigration, sous la tutelle du ministère de l'Intérieur du Sud-Soudan, sont responsables des points d'entrée dans le pays, tandis que l'armée nationale ou les Forces de défense du peuple sud-soudanais (SSPDF) s'occupent des questions de sécurité. Cependant, les autorités locales des États des Équatorias oriental, central et occidental sont responsables de la gouvernance des zones frontalières locales. Les administrateurs des collectivités locales et les autorités coutumières (chefs et ‘ anciens ’) jouent un rôle actif dans la gestion des conflits ainsi que dans la garantie de la fourniture de services, y compris les soins de santé.

L'histoire, la forme et la fonction des chefs diffèrent grandement selon les régions du Sud-Soudan. En Equatoria occidental, de nombreux chefs Zande appartiennent au clan royal des Avungara et peuvent faire remonter leur ascendance à des rois ou des princes précoloniaux.31 Là et ailleurs dans les Équatorias sans royaumes, certains chefs héritent de leur poste, d'autres sont élus au suffrage populaire, ou sont choisis par les anciens de leur communauté ou par le gouvernement. Les anciens constituent une catégorie fluctuante de personnes dotées de connaissances culturelles, d'expérience et d'autorité ; beaucoup ont occupé des postes d'influence au sein du gouvernement, de l'église ou d'organisations d'aide humanitaire. Dans certains endroits, comme à Nimule, il existe d'importantes populations de personnes déplacées internes (PDI) de longue date qui sont organisées de manière informelle sous leurs propres structures de clan et qui gèrent des systèmes judiciaires coutumiers distincts. Pour de nombreux chefs, abandonner le territoire autochtone ou franchir une frontière internationale est perçu comme une perte de pouvoir.31 En comparaison, les personnes âgées sont moins stigmatisées pour avoir quitté le pays. De plus, dans certaines régions de l'Equatoria occidental et central, les chefs font face à des risques de sécurité lorsqu'ils se déplacent entre les villes contrôlées par le gouvernement et les zones rurales contrôlées par les rebelles (en particulier les zones frontalières), et peuvent donc être moins en contact avec certains groupes de leur peuple et avoir perdu de l'autorité parmi eux.

Les agences des Nations Unies (ONU), les organisations non gouvernementales internationales (ONGI) et les organisations de la société civile (OSC) nationales, en particulier les organisations fondées sur la foi, jouent un rôle important dans la prestation de services, notamment les soins de santé, ainsi que dans la consolidation de la paix locale et la réconciliation au niveau de la base. Les comités de santé villageois sont composés de bénévoles communautaires qui soutiennent les centres de santé et les agents de santé de leur région ; ils existent dans tous les villages et quartiers des zones urbaines, avec des systèmes équivalents dans les camps de réfugiés et de déplacés internes. En période d'épidémie, les chefs s'attendent à être formés par les autorités gouvernementales et les partenaires sur des sujets de santé afin de pouvoir servir de point de contact principal pour leurs communautés. En Équatoria occidental, peu d'autorités coutumières ont rejoint les flux de déplacement transfrontaliers, et celles qui l'ont fait ne sont pas autorisées à faire fonctionner leurs propres tribunaux. Cependant, d'autres formes d'autorités non coutumières ont émergé dans les camps de réfugiés en Ouganda, notamment les conseils de bien-être des réfugiés, qui sont initiés et reconnus par les autorités des établissements de réfugiés, et les organisations communautaires supra-ethniques, organisées par les réfugiés eux-mêmes.31

Conflits territoriaux frontaliers

Une multitude d'acteurs, notamment le gouvernement et différentes agences étatiques, ont construit leur autorité à travers des tentatives de gouverner la frontière et les régions frontalières environnantes.32 La revendication (ou la reconquête) des terres est, par exemple, particulièrement aiguë autour du poste-frontière de Nimule, où de nombreux acteurs armés gouvernementaux dépendent de différentes autorités du gouvernement central à Juba. L'Ouganda serait également impliqué dans des accaparements de terres près de Nimule et de Pogee, et des tensions persistent en raison des empiètements de la caserne des Forces de défense du peuple ougandais (UPDF) à Bibia sur le territoire sud-soudanais.33,34 La frontière de Kajokeji avec les districts de Moyo et de Yumbe reste floue et contestée. Comme mentionné précédemment, on assiste à un déplacement continuel de civils déclenché par une attaque de l'UPDF dans le comté de Kajokeji, revendiqué par le Soudan du Sud. Bien qu'il y ait des défis liés à la régulation des frontières dans les zones frontalières azandés entre la RDC, le Soudan du Sud et la RCA, elles sont moins sujettes à des luttes territoriales.35 Le Soudan et l'Ouganda sont des garants essentiels de l'accord de paix sensible de 2018, l'Accord revitalisé sur le règlement du conflit en République du Soudan du Sud (R-ARCSS), qui repose sur l'intérêt politique et économique qu'il représente pour ces pays voisins. Historiquement, les frontières nord-occidentales avec la RDC (et la RCA) n'ont pas présenté un tel intérêt politique pour Djouba et, par conséquent, l'affirmation du pouvoir de l'État sur les zones frontalières y est moindre. La solution au conflit foncier transfrontalier réside dans des initiatives au niveau local, mais les acteurs extérieurs doivent être conscients de la manière dont les interventions humanitaires, y compris celles liées à la santé et à la préparation à Ebola, et en particulier si elles sont perçues comme étant menées depuis Djouba, pourraient être présentées comme étant liées à la politique plus large des zones frontalières et risquent d'être utilisées dans le cadre des différends frontaliers en cours.

Modèles de mobilité transfrontalière

 

Points de passage formels et informels et axes clés

La plupart des déplacements officiels entre le Soudan du Sud et la RDC transitent par l'Ouganda (voir la note d'information Ouganda-RDC sur la dynamique transfrontalière actuelle et les effets des fermetures de frontières liées à Ebola). Néanmoins, un grand nombre de voyageurs traversent également la frontière directement depuis la RDC, notamment depuis les provinces du Haut-Uélé et de l'Ituri (qui, au moment où nous écrivons ces lignes, ont signalé une transmission active d'Ebola). Les frontières entre le Soudan du Sud, la RDC et l'Ouganda sont extrêmement poreuses et de nombreux voyageurs évitent les routes et les points de passage officiels, choisissant plutôt d'utiliser panya pistes (pistes informelles dans la brousse) et pour traverser la frontière de nuit afin d'éviter les contrôles et les taxes. Les postes frontaliers sont souvent considérés avec suspicion car ils sont perçus comme faisant partie de l'appareil politique et économique des politiciens et de l'État pour percevoir des taxes. Ces routes informelles sont également utilisées par des groupes armés d'opposition, des personnes faisant du commerce de marchandises illicites et celles qui craignent les autorités militaires aux postes frontaliers en raison d'agressions récentes.36 Pour beaucoup dans les zones frontalières, les démarcations officielles qui séparent le Soudan du Sud et les pays voisins sont perçues comme une entrave aux mouvements informels et sont souvent sans conséquence sur la vie quotidienne. De multiples points d'entrée informels sont connus pour être situés à la frontière entre Moyo (Ouganda) et Kajokeji (Soudan du Sud), ainsi que dans les zones densément peuplées de la frontière avec la RDC entre Morobo et Lasu, respectivement au sud-est et au sud-ouest de Yei (Soudan du Sud) (Figure 3). Pour bien comprendre les mouvements, les schémoins commerciaux et les points de passage utilisés, il est essentiel de continuer à exploiter les connaissances locales, car les schémas de déplacement sont en constante évolution et ont tendance à changer rapidement en réaction à divers facteurs.

Figure 3 : Localisations des points de passage frontaliers informels situés à proximité des zones à haut risque d'importation d'Ebola et des principaux couloirs de mobilité

Carte indiquant les points de passage informels de la frontière près des zones à haut risque d’importation de l’ébola et les principaux corridors de mobilité.
Carte indiquant les points de passage informels de la frontière près des zones à haut risque d’importation de l’Ébola et les principaux corridors de circulation. Source : IOM DTM Sud-Soudan. Reproduction autorisée.

 

Contrôle et surveillance des frontières

Alors que la frontière entre l’Ouganda et la RDC a été fermée pour ralentir la transmission de l’Ébola, en milieu d’août 2026, les frontières entre le Soudan du Sud et l’Ouganda et entre le Soudan du Sud et la RDC restent ouvertes aux personnes cherchant asile, ainsi qu’aux migrants en quête de protection internationale. Les acteurs de la réponse présument que, avec la fermeture de la frontière entre l’Ouganda et la RDC, davantage de personnes de la RDC traversent désormais le Soudan du Sud pour se rendre en Ouganda, en utilisant des points de passage informels.37 Fin mai 2026, peu après la fermeture de la frontière par l’Ouganda, on estimait que quelque 1 000 personnes par jour empruntaient la route de 510 km depuis la capitale de la province d’Ituri, Bunia, via Aru jusqu’au point d’entrée de Kengezi/Morobo sur la route menant à Yei, en direction du Sud-Soudan.38 Cette route est principalement utilisée pour le transport de carburant et de véhicules, tandis que les visites familiales représentent environ 10 % des déplacements.

L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) assure la surveillance des flux migratoires et apporte son soutien à la surveillance et à la prévention et au contrôle des infections aux points d’entrée le long des frontières méridionales, notamment à Source Yubu (près de Tambura), Gangura (sud-est de Yambio sur la route menant à Dungu, Haut Uélé), Nabanga (entre Yambio et Maridi, à la frontière avec le parc national de Garamba), Bazi (près de Morobo et Yei), Lasu-Libogo (Yei), Abaya et Kaya (près de Kajokeji), Nimule et Pogee (comté de Magwi), Nadapal (Kapoeta) ainsi qu’aux aéroports de Juba et Yei.39,40

Une importante conclusion tirée d’une étude sur les perceptions de la communauté lors des activités de préparation à l’émergence de l’épidémie de virus Ebola en 2019 dans l’État de Yei River est que les personnes qui traversaient régulièrement la frontière affirmaient être ‘ fatiguées des mesures de lutte contre l’épidémie ’ et évitent systématiquement le dépistage et le lavage des mains.41 De nombreux participants ont plutôt appelé à des mécanismes de surveillance des maladies ‘ plus pratiques ’ afin d’encourager les communautés à se mettre en charge de la surveillance du mouvement de la population et ont suggéré de collaborer avec les marchés, les écoles, les églises et les camps de réfugiés des deux côtés de la frontière, plutôt que de se concentrer sur les points de passage formels de la frontière.

Les marchés

De nombreux marchés transfrontaliers se trouvent dans les zones frontalières entre le Soudan du Sud, la RDC et l’Ouganda, où les communautés profitent de relations commerciales historiques, de règles commerciales peu strictes et de la disponibilité d’une gamme de produits qui ne sont pas largement disponibles au Sud-Soudan, tels que certains types de vêtements, des matériaux de construction et des articles non alimentaires. Le marché hebdomadaire de la frontière à la gare de Nabiapai est populaire auprès des habitants de Yambio, le nombre de personnes franchissant la frontière depuis la RDC doublant plus que le double lors des jours de marché du week-end (les données relatives aux contrôles aux frontières pour août 2026 indiquent que 200 à 500 personnes franchissent la frontière chaque jour pendant la semaine, tandis que 800 à 1 000 personnes franchissent quotidiennement le week-end).7,42 La majorité des commerçants à petite échelle sont des femmes issues de ménages dirigés par des femmes qui dépendent du commerce transfrontalier comme source principale de revenus.27 La communication avec les commerçants transfrontaliers devrait se concentrer sur les comportements de prévention, et un flux d’informations bidirectionnel devrait être rapidement développé. Les dirigeants des organisations commerciales sont généralement basés dans les zones commerciales de tous les Pays et dans les principaux centres urbains. Ils devraient être impliqués pour transmettre les informations à leurs collègues, mais aussi pour participer à un système de surveillance communautaire reliant les zones urbaines et rurales.

 

Rassemblements de masse

Plusieurs milliers de personnes assistent normalement aux célébrations nationales et aux événements politiques tout au long de l’année dans des villes à travers le pays, notamment Yei et Juba. Par exemple, la Journée des martyrs est célébrée chaque année le 30 juillet. Ces événements pourraient attirer des citoyens vivant ou séjournant temporairement à l’étranger et provenant d’autres régions de l’Équatoria occidental et central.

 

Mouvement des groupes armés

Le recrutement, la mobilisation et le flux de ressources pour les groupes armés se déroulent à travers les frontières entre le Soudan du Sud, la RDC, l’Ouganda et la RCA, et les groupes armés opérant dans les États d’Équatoria au Sud du Soudan cherchent fréquemment à trouver refuge, des médicaments et des renforts dans les pays voisins.43,44 L’Armée de libération du peuple du Soudan (SPLA-IO) a historiquement cherché refuge dans les zones boisées de la RDC. Des unités du Front national de salut (NAS) se sont également réfugiées dans les régions frontalières, où elles attaquent sporadiquement les positions des Forces de défense populaires du Sud-Soudan (SSPDF) du gouvernement et les objectifs se déplaçant le long des routes menant vers les pays voisins. Les Azande Ani Kpi Gbi (AAKG) recrutent des combattants dans les zones zande de la RDC et de la CAR et combattent l’SPLA-IO pour le compte du gouvernement dans l’Equatoria occidental.44 L’insécurité s’est aggravée, notamment à Tambura, dans un contexte de détérioration des relations entre l’SPLA-IO et le SSPDF à la suite de la détention et du procès ultérieur du Premier Vice-Président suspendu, Dr Riek Machar, et de certains de ses partisans. L’ancien gouverneur Alfred Futuyo, allié de Dr Riek Machar, a été contraint de retourner dans la campagne pour combattre l’armée gouvernementale. Le déplacement de ces groupes est imprévisible et discret ; dès que les routes deviennent visibles, elles sont intentionnellement modifiées pour que leurs déplacements restent invisibles. Les tentatives visant à localiser ou à contrôler ces mouvements, même dans le contexte de la préparation à l’émergence de l’épidémie d’Ebola, auront probablement des implications politiques directes.

 

Vulnérabilités

Les personnes dont les stratégies de survie dépendent de la mobilité transfrontalière deviendront plus vulnérables économiquement si des restrictions frontalières sont mises en place ou si les personnes craignent de franchir la frontière vers la RDC ou de s’y mêler à d’autres dans les zones frontalières très fréquentées. Dans une récente discussion communautaire organisée par REACH à Yambio, par exemple, des femmes ont mentionné que l’un des marchés frontaliers hebdomadaires avait été suspendu en raison de l’épidémie d’Ebola et que certaines femmes commerçantes avaient cessé de se rendre, ce qui aurait entraîné une hausse des prix des produits alimentaires importés dans la région.

De plus, si l’Ouganda décide de fermer la frontière avec le Soudan du Sud comme il l’a fait avec la RDC, les personnes ayant besoin de franchir la frontière pourraient être contraintes d’utiliser des points de passage informels, qui peuvent être plus risqués et plus difficiles à surveiller, afin de relier les personnes aux services de santé. Les hommes pourraient être particulièrement touchés, car c’est généralement eux qui dépendent des familles déplacées pour obtenir des terres et des animaux et pour empêcher que ces derniers ne soient pris par des responsables gouvernementaux ou des soldats.

Les femmes sont également généralement les principales responsables de l’entretien du ménage et risquent donc davantage d’être exposées au virus Ebola. Cette flambée survient dans un contexte déjà marqué par des déplacements, une insécurité, une pauvreté généralisée et des besoins humanitaires accrus, ce qui aggrave les vulnérabilités préexistantes des femmes et des filles et réduit leur accès aux services essentiels. Ceux qui sont souvent les premiers à être sollicités en dehors de la famille pour obtenir des conseils sur la maladie, notamment les experts en médecines traditionnelles, les guérisseurs, les chefs religieux et autres, peuvent également être particulièrement vulnérables à l’infection.45 Les personnes vivant dans des camps de déplacés internes et des sites de transit pour les personnes réfugiées et rapatriées, où les services d’eau, d’assainissement et d’hygiène (WASH) sont surchargés, peuvent également être plus à risque.

 

Dynamiques conflictuelles et militarisation

 

Dynamique des conflits

Le Soudan du Sud a obtenu son indépendance en 2011 après des décennies de guerre civile et est redevenu en proie à la guerre en 2013 suite à des combats acharnés entre les élites politico-militaires. Cela a conduit à la scission de l’armée en factions : le Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM) au pouvoir et le SPLM – ‘In Opposition’ (SPLM-IO). Le conflit s’est étendu aux États du sud limitrophes de la RDC et de l’Ouganda fin 2015. Avec le soutien des pays voisins, des organisations régionales et des acteurs internationaux, les parties belligérantes ont signé l’Accord revitalisé de 2018 sur le règlement du conflit en République du Soudan du Sud (R-ARCSS). Cependant, le conflit se poursuit dans de nombreuses régions du Soudan du Sud depuis 2018, provoquant de nombreux déplacements de civils.

Depuis le mois de mars 2025, lors des combats entre l’armée du gouvernement (SSPDF) et l’Armée blanche (perçue comme alliée du SPLM-IO), dans l’État du Haut-Nil, les tensions entre le SPLM-IO et le SSPDF, appuyés par les Forces de défense populaires de l’Ouganda (UPDF), ont fortement augmenté. Le chef du SPLM-IO, Dr. Riek Machar, a été suspendu de ses fonctions de Premier Vice-Président, placé en détention domiciliaire et jugé par un tribunal spécial à Juba, aux côtés de certains de ses principaux alliés. Des sites de cantonnement ont été bombardés et des combattants de l’opposition attendant leur recyclage et leur réintégration dans l’armée nationale ont été dispersés. Par la suite, certains combattants du SPLM-IO ont repris les hostilités contre le SSPDF dans les Equatorias. Ils se sont joints à plusieurs groupes d’opposition plus petits dans les Equatorias qui ne sont pas signataires de l’Accord en raison de plaintes persistantes contre le gouvernement. En conséquence, une insécurité considérable a affecté certaines zones le long des frontières, notamment Kapoeta, Magwi, Kajokeji, Maridi, Yambio et Tambura. Les combats à Morobo ont entraîné le déplacement d’environ 6 000 civils vers le comté de Juba.46

Les réductions budgétaires ont conduit à la fermeture des bases opérationnelles temporaires de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (UNMIS) à Yei et à Tambura, limitant ainsi davantage les protections accordées aux civils et les efforts de consolidation de la paix.46 Le conflit prolongé a dévasté l’économie, perturbé la cohésion sociale et affaibli les institutions, ce qui pourrait avoir des répercussions négatives sur les efforts de préparation.

 

Accès pour les acteurs humanitaires

Les incidents de violence contre les professionnels de la santé ou l’obstruction de leur travail ont augmenté entre 2023 et 2025 dans l’Est, le Centre et l’Ouest d’Equatoria, reflétant la détérioration générale de la sécurité dans ces régions.34,35 Des pillages ont été perpétrés contre les installations de santé, notamment à Morobo (Équatoria central), et des travailleurs humanitaires ont été enlevés dans les comtés de Yei River et de Morobo, ce qui a entraîné l’interruption de l’accès aux soins de santé pour certaines communautés. En 2026, l’accès à certaines zones de la frontière dans l’Équatoria central autour de Yei River reste particulièrement difficile. Les organisations internationales, souvent perçues comme étant liées au gouvernement à Juba, peuvent parfois rencontrer des difficultés pour acquérir une légitimité et opérer dans des zones contrôlées par des groupes d’opposition armés et leurs sympathisants.7 De plus, l’apparition d’actes de vol à main armée, d’enlèvements et d’ambushs (par exemple sur les routes allant de Yei à Morobo et à Lasu, ainsi que de Yei à Maridi) peut temporairement interrompre le mouvement des acteurs humanitaires. Au moment de la rédaction de ce rapport, les groupes armés de l’Equatoria central continuaient à mener des embuscades sporadiques depuis leurs bases rurales, mettant en danger la prestation des services humanitaires. Le 11 août 2026, trois travailleurs humanitaires transportant des fournitures contre Ebola ont été enlevés temporairement à Libogo, une ville frontalière au sud-ouest de Yei.47

 

Collaboration avec les acteurs armés et étatiques contre l'Ebola

La collaboration avec des personnels armés dans le cadre des efforts de préparation en République du Soudan du Sud (forces gouvernementales pro-gouvernementales, milices et forces organisées, notamment la police et les services de pompiers, les gardiens de prison et les agents chargés de la protection de la faune) doit être envisagée avec prudence. Bien que certains acteurs armés aient déjà joué un rôle dans ces activités de préparation, en cas d’événement confirmé lié à l’épidémie d’Ebola, les acteurs armés ne devraient pas être utilisés pour détecter les cas suspects d’Ebola ni être impliqués dans les efforts de dépistage des contacts, notamment sur le territoire qui était auparavant contrôlé par l’SPLA-IO, le NAS ou d’autres milices. L’implication d’acteurs armés et d’autres personnels de sécurité dans des interventions cruciales de réponse à l’épidémie d’Ebola telles que le dépistage des contacts et les enterrements pourrait saper la confiance au niveau local et renforcer les inquiétudes quant à l’idée que l’Ebola est une arme de guerre utilisée par le gouvernement pour contraindre, contrôler, déplacer et surveiller les populations touchées. Évitez de militariser excessivement les activités de réponse, notamment en assurant la sécurité aux acteurs humanitaires, car cela pourrait attirer l’attention des groupes armés.

 

Santé

Infrastructures de santé et pluralisme médical

Dans tout le Sud-Soudan, les services de santé biomédicaux sont pour l’essentiel assurés par un réseau hétérogène d’organisations non gouvernementales internationales et locales, car le conflit et la dégradation économique continuent d’affaiblir l’accès aux soins de santé financés par l’État. En général, la prestation de soins de santé est confrontée à de graves difficultés, notamment des infrastructures limitées, des pénuries de fournitures médicales, de compétences et de personnel qualifié, et une surcharge de travail des personnels de santé qui peuvent rester sans salaire pendant de nombreux mois. Avec seulement 3 % du budget national alloué à la santé et plus de la moitié des coûts de la santé supportés par les individus, l’accès aux soins reste extrêmement limité, ce qui laisse de nombreuses personnes dépendantes de services humanitaires qui sont eux-mêmes limités par l’insécurité et souvent ciblés.48 Les fortes réductions des aides accordées ces dernières années ont particulièrement touché le secteur de la santé et ont entraîné la fermeture d’établissements. Les perturbations dans le secteur de la santé ont, à leur tour, été le sujet de protestations publiques visant à attirer l’attention sur l’absence de solutions gouvernementales.49

Les différents groupes ethniques vivant ensemble dans les zones urbaines présentent souvent des habitudes de recherche des soins de santé différentes. À Nimule, par exemple, les personnes déplacées de la communauté Dinka privilégient les prestataires de soins de santé privés qui parlent leur langue et partagent des informations sur les moyens les plus simples d’accéder aux services hospitaliers sans passer par le service ambulatoire géré par des Equatoriens.50 Les différents groupes ethniques partagent également des discours différents sur les maladies individuelles, lesquels peuvent dépendre de leur histoire spécifique d’exposition et de déplacement, de leur éducation et de leur perception du risque.51

Les soins à domicile et les sources de soins alternatives (y compris les pharmaciens, les herboristes, les guérisseurs spirituels et autres) sont courants tant dans les zones rurales que dans les zones urbaines. Ces dernières années, alors que les conflits et les difficultés économiques se sont intensifiés, une augmentation notable de l’utilisation des guérisseurs locaux a été signalée. Les idées de sorcellerie et d’empoisonnement persistent dans ces régions frontalières et ont historiquement donné lieu à des violences. Des maladies mystérieuses et des décès soudains suscitent généralement une suspicion particulière et incitent les gens à consulter des voyants, des guérisseurs ou des ‘ guérisseurs ’. Il est signalé que les habitants de Yei, Kajokeji et Nimule croient également que certaines formes de sorcellerie ont été importées d’Ouganda et de la RDC, et il y a un risque que les récits relatifs à l’Ébola interagissent avec ces perceptions et ces croyances locales.50,52,53

 

Recours transfrontalier aux soins de santé

Le passage à la frontière entre le Soudan du Sud, la RDC et l’Ouganda pour obtenir des soins de santé est courant, notamment pour ceux qui n’ont pas accès aux soins biomédicaux formels dans les zones où ils vivent. Il est connu que une proportion des personnes qui traversent la frontière depuis la RDC vers le Soudan du Sud poursuivent leur voyage jusqu’en Ouganda, car on considère généralement que ce pays dispose d’un système de santé significativement plus solide et mieux développé que celui du Soudan du Sud et de la RDC (même si, en réalité, certaines zones frontalières de l’Ouganda restent dotées d’une infrastructure sanitaire faible).54 Les personnes qui n’ont pas les moyens de bénéficier d’une prise en charge médicale en République du Soudan du Sud peuvent également se rendre en Ouganda pour bénéficier de soins de santé dans des camps de réfugiés ou en République démocratique du Congo pour bénéficier de soins non médicaux. Les sources locales ou les prestataires de soins (pharmacistes, guérisseurs spirituels et autres) devraient donc être systématiquement intégrés aux efforts de préparation à l’émergence d’un épidémie de virus Ebola, car ils constituent souvent le premier point de contact pour de nombreuses personnes.

 

Les schémas de soins et les risques selon le genre

Les évaluations des symptômes au sein des ménages sont souvent effectuées en premier lieu par les femmes, en s’appuyant sur les connaissances et l’expérience acquises dans le passé grâce aux traitements ayant fonctionné dans le passé ; et lorsqu’il s’agit de demander un avis médical en dehors du cadre familial, les femmes expertes locales sont souvent consultées en premier lieu. Les femmes sont également généralement les principales responsables de l’entretien au sein du ménage et risquent donc davantage d’être exposées à des maladies, notamment le virus Ebola. Des efforts spécifiques devraient être déployés pour former les femmes, notamment en matière de prévention et de contrôle des infections dans le cadre des soins à domicile et d’identification des symptômes.

Pratiques funéraires

 

Pratiques funéraires

L’inhumation correcte des proches décédés est très importante au Soudan du Sud et est considérée comme essentielle à la fois pour les vivants et les défunts.55,56 Parmi d'autres choses, les soins et le soutien financier accordés aux veuves, aux enfants et aux personnes vulnérables sont souvent décidés lors des funérailles.45

Comme dans de nombreuses autres régions du continent, l’inhumation au Soudan du Sud est un processus à plusieurs étapes – préparation, lavage, transport, deuil et inhumation – chacune ayant une signification sociale, culturelle et spirituelle profonde, ainsi que des risques de transmission.8 Les pratiques funéraires varient considérablement d’un groupe à l’autre et d’une religion à l’autre ; il faut donc les évaluer au niveau local afin de déterminer quelles pratiques peuvent constituer un risque de transmission et qui sont les personnes les plus susceptibles de participer à des activités qui les exposent à ce risque. Parmi les pratiques communes à de nombreux groupes, on peut citer le lavage et l’embaumement du corps, le revêtement du corps avec les meilleurs vêtements de la personne, le repositionnement des membres dans la position appropriée pour le sépulture et, le cas échéant, le transport du corps vers le lieu de naissance du défunt.55 D’autres peuvent aider la famille en deuil à creuser un tombeau, à transporter et à porter le cercueil, à organiser des prières spéciales, à accueillir les cercueils dans leur domicile et à offrir l’hospitalité à ceux qui participent au enterrement. Les pratiques funéraires dans les Equatorias sont généralement plus longues et plus élaborées que celles des autres groupes ethniques des États du nord, tels que les Dinka et les Nuer, qui doivent généralement enterrer un défunt dans les 24 heures qui suivent son décès.,55  même si les obligations familiales envers l’esprit d’une personne décédée peuvent persister pendant des décennies.56

L’emplacement des enterrements est également important. Les esprits des ancêtres revêtent une signification particulière pour de nombreux groupes ethniques, et de nombreuses familles souhaitent enterrer leurs proches près de chez eux afin de s’assurer qu’ils ne perdent pas le souvenir de leur défunt, puissent s’occuper du cimetière et consulter les ancêtres lorsqu’ils en ont besoin. Parmi les Zande, les Dinka et d’autres groupes du Sud-Soudan, il existe une croyance commune selon laquelle, lorsque naît un enfant, il doit être enterré à côté de la maison de sa mère, car autrement elle ne pourra pas tomber enceinte à nouveau.57 Si quelqu’un meurt dans un camp de réfugiés, ailleurs dans un pays voisin ou sur un champ de bataille, les membres de la famille s’efforcent de transférer le corps à la demeure ancestrale pour un enterrement définitif, en grande partie en fonction de la capacité financière des intéressés et parfois du statut social du défunt. Les funérailles traditionnelles reflètent les relations de pouvoir dans la société sud-soudanaise, les hommes décédés ayant souvent des funérailles plus longues et des cérémonies plus nombreuses que les femmes et les enfants, surtout si la famille du défunt est pauvre.55

 

Adapter les pratiques funéraires

Les pratiques funéraires ne sont pas statiques ; les épidémies, la guerre, les inondations, les migrations et l’urbanisation ont créé de nouveaux dilemmes et de nouvelles discussions quant à ce qui constitue un bon enterrement.58,59 Il existe des précédents clairs montrant que les communautés sud-soudanaises ont modifié leurs pratiques de sépulture coutumières en réponse aux conflits et à d’autres situations d’urgence sanitaire publique, notamment l’épidémie d’Ebola. Lors de l’épidémie d’Ebola à Yambio en 2004, par exemple, il a été constaté que les enterrements étaient pratiqués conformément aux traditions locales et que des ‘ véritables cérémonies funéraires ’ étaient organisées tout en garantissant l’utilisation de méthodes de sépulture sécuritaires et dignes de ce nom.37

Dans le cadre des interventions menées par la communauté face aux épidémies, des événements tels que des mariages et des funérailles peuvent être modifiés (par exemple en réduisant leur taille ou en introduisant des mesures de distanciation sociale), mais ils ne devraient généralement pas être suspendus car les mariages et les funérailles jouent un rôle si important dans les familles et les communautés. Si les différends restent non résolus, un enterrement risque d’être perturbé et les personnes pourraient se sentir en colère envers les équipes de réponse qui ne sont pas sensibles à ces questions. Dans de tels cas, ce n’est pas nécessairement la réponse elle-même qui est contestée, mais des défis communautaires persistants et difficiles ou des conflits familiaux préexistants.10 Dans un contexte de frontière où les personnes ont souvent été confrontées à des déplacements forcés et à des situations d’urgence multiples, les préoccupations liées aux enterrements sont également liées à un besoin social plus généralisé de garantir la survie future des réseaux de parenté et de la communauté dans son ensemble.59

Les procédures opérationnelles standard pour des enterrements sécurisés et dignes de respect doivent être adaptées aux contextes locaux précis et le personnel communautaire généralement impliqué dans ces enterrements doit être pleinement mobilisé. Le temps et les ressources consacrés à l’élaboration de modifications aux pratiques d’enterrement pendant la phase de préparation et avant un événement seront une investissement précieux. De même, il sera nécessaire de mettre au point des stratégies adaptées aux conflits afin de recruter des membres d’équipes spécialisées dans les enterrements sécurisés et dignes de respect. Pour que les équipes d’enterrement puissent travailler efficacement auprès des populations à risque, le recrutement de membres doit être ethniquement diversifié, socialement pertinent et perçu comme équitable. L’implication des familles plutôt que leur contournement devrait être un principe directeur de l’action.10 Permettre aux membres de la famille de inspecter visuellement le corps du défunt tout en respectant des distances sécuritaires, prendre le temps de consulter les familles pour expliquer la situation et mobiliser des leaders religieux et coutumiers sont également des mesures concrètes qui peuvent réduire les frictions entourant les funérailles. Il convient d’éviter de faire intervenir l’armée ou d’autres acteurs de la sécurité lors des enterrements sécurisés et dignes de respect.

 

Politisation des sites de sépulture

Le rôle des ancêtres est important pour tous les groupes ethniques du Soudan du Sud et les sites de sépulture sont considérés comme un signe important de propriété foncière dans les tribunaux coutumiers, en raison de la connexion que ces sites établissent avec les ancêtres d’une personne.55,57 Il existe un risque que des changements dans les pratiques funéraires soient utilisés pour impliquer des changements dans les droits fonciers, notamment dans les zones frontalières contestées. Ces dernières années, des communautés ougandaises accusent des communautés sud-soudanaises d’effectuer des enterrements dans des zones stratégiques afin de renforcer leurs revendications territoriales.41

 

Prise en charge de l’ébola

 

Prêt national

Le Soudan du Sud, ainsi que les autres pays prioritaires 1b limitrophes d’un pays touché par une transmission communautaire (Burundi et Rwanda), bénéficient d’un plan de préparation continental substantiel depuis mai 2026.4 En particulier, le Soudan du Sud a été inclus dans les réunions transfrontalières de haut niveau tenues avec les ministres de la Santé de la RDC et de l’Ouganda depuis le début de l’épidémie, afin de soutenir la coordination transfrontalière et d’adopter ensemble des priorités immédiates et à moyen terme.60 Des actions prioritaires ont été élaborées pour les pays selon chaque classification de risque et selon l’ensemble des 14 piliers de préparation et de réponse.4

Dans le cadre des piliers 1 (Coordination, leadership et gouvernance) et 10 (Prêt et préparation), une des attentes principales pour les pays à risque d’épidémie d’Ebola est de procéder régulièrement à des évaluations de la préparation afin de guider le renforcement des capacités et les plans d’action. Au Soudan du Sud, la préparation nationale globale a atteint 65 % en juillet (contre 45 % en juin et 29 % en mai), dépassant ainsi la moyenne de la Région africaine de l’OMS, qui s’élève à 55 %. Cette évolution reflète les efforts constants du gouvernement du Soudan du Sud et de ses partenaires pour préparer la population.14 Des progrès significatifs ont été enregistrés dans les domaines de la coordination (83 %), de la sensibilisation du public (75 %) et de la gestion des cas (73 %), tandis que des lacunes importantes persistent dans les domaines du laboratoire (60 %), de la surveillance à l’entrée (40 %) et de la préparation à la prévention et à la maîtrise des infections (33 %).61

De nombreux observateurs internes à cette réponse suggèrent toutefois que ces résultats ne reflètent pas la réalité plus difficile sur le terrain.62 Il existe de fortes disparités entre la préparation au niveau national et au niveau sous-national, par exemple, car une approche décisionnelle lente et politisée centrée sur Djouba rend difficile la participation des sous-unités à la conception des interventions. Il existe également des luttes persistantes pour le pouvoir politique entre le ministère de la Santé et l’Institut national de santé publique (NPHI), qui opère comme une agence autonome sous le ministère et qui a pour mandat de diriger les interventions en cas d’urgence sanitaire, rendant les structures de coordination difficiles à comprendre pour les acteurs de la réponse. De plus, seuls $2 millions ont été dégagés pour la réponse à l’épidémie d’Ebola dans le pays, soit environ la moitié de ce qui est nécessaire pour financer les activités de préparation dans un scénario sans cas confirmés ; dans un scénario de transmission localisée, environ $11,8 millions devraient être nécessaires.63 Au début du mois de juin 2026, l'Envoyé en chef de la présidence, Hon. Adut Salva Kiir, s'est rendu au NPHI et a fait don de dix véhicules pour renforcer la préparation face à l'épidémie d'Ebola.,64 Toutefois, un soutien financier supplémentaire au secteur de la santé est nécessaire à travers les budgets publics. À la fin du mois de juillet, sept ambassades étrangères ayant investi dans la lutte contre l’épidémie d’Ebola ont appelé le gouvernement sud-soudanais à garantir le paiement des salaires aux agents de santé publique.65

Une des principales difficultés transversales pour tous les piliers est que les capacités opérationnelles et d’urgence des partenaires ont été sérieusement affectées par les réductions de financement ces dernières années, ce qui s’est traduit par des retards opérationnels. Par exemple, à Yei, tous les bureaux des Nations Unies ont été fermés en raison de ces réductions de financement, tandis que certains ont conservé des bureaux de terrain à Yambio. De plus, des efforts et des fonds des partenaires sont nécessaires pour renforcer la préparation et la réponse aux priorités sanitaires en dehors de l’épidémie d’Ebola, étant donné que ce n’est pas le problème le plus important au Sud-Soudan actuellement. En juillet 2026, seulement environ 40 % des efforts et des fonds du secteur de la santé des Nations Unies avaient été financés.66

 

Prêt-état civil au niveau des comtés

L’OMS et la MINUSS ont mené conjointement des missions d’évaluation dans plusieurs régions à haut risque, notamment Yei, Morobo et Magwi. Certaines autorités sanitaires des régions organisent désormais régulièrement des réunions de la sous-pilier de préparation pour partager des informations et soutenir la planification. Le ministère de la Santé a également lancé une mobilisation accélérée des professionnels de la santé pour la surveillance, la gestion des cas et la prévention et le contrôle des infections (IPC) dans les zones à haut risque, notamment Nimule, Kaya et Yambio. Les établissements de santé, notamment ceux situés dans les zones frontalières, ne disposent souvent pas de systèmes adéquats d’approvisionnement en eau potable et de stockage ou de gestion des déchets, ce qui peut augmenter le risque de transmission. Plus généralement, les infrastructures WASH sont très limitées dans les communautés, avec des pénuries chroniques de savon, de systèmes de stockage d’eau potable et d’installations de lavage des mains fonctionnelles. La formation de ce personnel est assurée par un certain nombre de partenaires, dont MSF (par exemple, gestion des cas à Yei), la Croix-Rouge du Sud-Soudan (IPC, inhumations sécurisées et dignes, retour d’information auprès de la communauté et surveillance communautaire dans huit localités de l’Equatoria central et occidental),67 Alors que l’OIM et l’UNICEF collaborent avec des organisations locales pour les activités de surveillance et de contrôle des risques dans plusieurs endroits.68 Des plans sont en place pour que Yambio devienne un laboratoire de référence régional. Le gouvernement de l’État d’Equatoria occidental a alloué des terrains pour la construction d’un laboratoire de référence moderne et ultramodern, avec le soutien de l’Union africaine, en partenariat avec le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC).69 Une fois achevé, le laboratoire deviendra ‘ un centre de diagnostic clé pour l’Ebola, le Mpox et d’autres maladies infectieuses, renforçant la sécurité sanitaire dans l’Equatoria occidental et dans tout le Soudan du Sud ’.

Surveillance

Un concept clé guidera la surveillance, la participation de la communauté et d’autres actions de préparation au Soudan du Sud et sera diffusé par l’OMS et d’autres acteurs lors des sessions de formation : il s’agit de déterminer ce qui constitue une frontière. Alors que traditionnellement, une frontière est définie comme une limite entre les pays, aux fins de la préparation, la ‘ frontière significative est le réseau de personnes, de marchés, de guérisseurs, de cliniques et de routes par lesquels le risque se déplace ’.61 Une frontière n’est donc pas une ligne, mais une communauté vivante.

Les principales sources de données de surveillance pour la réponse au BVD sont les suivantes :

  • Rapports d'analyse des points d'entrée (PoE) aux points de passage officiels : Au 19 juillet 2026, 570 599 voyageurs avaient été contrôlés et aucun cas n'avait été identifié.14 Les NHPI ont identifié 22 points d’entrée à haut risque : Sakura, Bazikangbi, Nabia-apai Yambio, Nabia-apai Ezo et l’aéroport de Yambio (Equateur occidental); Kaya, Salamusala, Libogo, Bazi, Lasu, Aba, Juba et Yei (Equateur central); Nimule, Olikwi, le port de la rivière Rei, Serentenya, Lobone, Poke et Jale (Equateur oriental); l’aéroport de Wau (Equateur occidental); et les transporteurs de poissons vers la RDC (Jonglei). Un contrôle systématique se déroule dans certains de ces points d’entrée mais pas tous, avec le soutien des partenaires de développement qui travaillent aux côtés des agents de contrôle des frontières. À la fin août 2026, le ministre de la Santé de l’État de l’Equateur occidental, Nama Bukulu, a mis en évidence des lacunes persistantes dans le contrôle des frontières, appelant à une surveillance supplémentaire aux points de contrôle aux frontières, notamment des quarts de nuit pour examiner les voyageurs arrivant en dehors des heures d’ouverture normales.42 Le commissaire adjoint du comté d’Ezo a également souligné que seul l’un des trois points de passage locaux était surveillé.70 Les POEs peuvent devenir des sites stratégiques pour le RCCE.
  • Données du système d'alerte précoce, d'alerte et de réaction (EWARS) : Des données sur une série de maladies prioritaires, dont l’Ébola, sont communiquées chaque semaine par les établissements de santé afin de soutenir la surveillance et la réponse aux maladies ;
  • ‘Données du ’ système de déclaration zéro » : Ce système a été mis en place en réponse au VBD et consiste à ce que le personnel de l’OMS appelle quotidiennement les responsables de la santé dans tous les comtés à haut risque afin de vérifier s’il existe des cas de personnes présentant des symptômes similaires à ceux de l’Ébola et d’organiser des enquêtes en cas d’alerte. Les services de santé des comtés reçoivent leurs données tant des établissements de santé que d’un réseau de travailleurs de santé communautaires de Boma, qui peuvent repérer des personnes présentant des symptômes similaires à ceux de l’Ébola dans le cadre de leur travail quotidien, lors d’activités de sensibilisation communautaire spécifiques à l’Ébola ou grâce aux alertes émanant des systèmes de surveillance communautaire (CBS) activés. Actuellement, il n’y a pas de signalement dans 14/15 comtés prioritaires, avec le soutien de 313/1 605 travailleurs de santé de Boma (19,5 %) répartis sur 12 comtés.14
  • Centre d'appels national : Cette ligne téléphonique a été créée pour répondre aux questions du public et recevoir des rapports concernant des cas de maladie ressemblant à l'Ebola.

Il reste une nécessité cruciale de canaliser les activités, notamment la formation, depuis Juba jusqu’aux comtés, le renforcement continu des capacités et des activités de surveillance des maladies mieux intégrées dans le cadre d’un suivi sanitaire de routine. Compte tenu de la nature poreuse des zones frontalières, des difficultés associées aux mesures de dépistage formelles et du fait que la surveillance des mouvements transfrontaliers est limitée en raison de l’utilisation de panya Les routes doivent être une composante essentielle de toutes les activités de préparation et être liées aux stratégies de communication et d’engagement existantes.4

La préparation de CBS sera plus susceptible d’être réussie et durable dans les communautés qui sont activement impliquées dans la conception et la mise en œuvre d’une gamme de solutions de santé publique co-produites.50 Pour les populations mobiles et transfrontalières, cela pourrait signifier recruter des bénévoles du CBS issus de populations régulièrement mobiles (par exemple, les commerçants, les motocyclistes) pour orienter les personnes présentant des symptômes vers des points de dépistage et les aider à accéder à des soins précoces. Il pourrait également s’agir de demander aux personnes présentes dans les zones frontalières de rejoindre des comités transfrontaliers chargés d’apporter leur avis sur les stratégies de surveillance ou de collaborer avec le CBS existant dans les zones de réfugiés et les sites de déplacement.4 Dans les zones accueillant des personnes déplacées, les équipes de réponse devraient travailler en collaboration avec les structures sociales propres aux populations déplacées, plutôt que de compter uniquement sur les autorités des comtés, des payams ou des bomas ou les structures dirigeantes des communautés d’accueil. Le CBS devrait toujours être intégré aux structures existantes du système de santé et de surveillance et être aussi léger que possible afin de ne pas peser inutilement sur les communautés concernées.

Les publications en ligne sur les réseaux sociaux et les articles relatifs à Ebola provenant du Soudan du Sud sont plus limités que ceux provenant de la RDC et de l’Ouganda, ce qui suggère que les technologies numériques offrent moins d’opportunités pour détecter les signaux d’alerte précoce ici, et que des méthodes structurées de surveillance sur le terrain et d’autres approches sont nécessaires pour soutenir la surveillance basée sur les événements en cas d’épidémie de fièvre Ebola et pour mieux comprendre les récits des communautés concernant la réponse générale à cette situation.71

Communication sur les risques et engagement communautaire (RCCE)

Les partenaires du pôle de réponse aux épidémies du RCCE ont réactivé le Centre national d’appels (numéro de téléphone 6666) pour sensibiliser la population à l’épidémie d’Ebola et recueillir des commentaires de la communauté, et ont commencé à atteindre les personnes grâce à des dialogues avec les communautés, des séances d’information auprès des ménages, des réunions de plaidoyer et des émissions radiophoniques, ainsi que des informations, des outils d’éducation et de communication imprimés. La collecte des informations provenant de la communauté est en cours, notamment par des méthodes combinant des méthodes rapides et qualitatives, ainsi que grâce au suivi des rumeurs, et la collecte des commentaires de la communauté par le biais du Centre national d’appels.

Dans les centres urbains, l’engagement des jeunes (par l’intermédiaire d’écoles, de groupes de jeunes, de clubs de football, de chauffeurs de boda-boda, etc.), des organisations professionnelles et des agents de santé du secteur privé, y compris les guérisseurs traditionnels, est crucial. Dans les zones rurales et urbaines, les communautés peuvent être atteintes grâce aux réseaux d’églises et d’organisations locales. Il est également possible d’engager certains groupes de braconniers, qui ont été à l’origine de fausses informations sur le virus Ebola dans la région de Yambio lors de l’épidémie de la RDC de 2018 à 2019, avec le soutien du Service de la faune sauvage et des autorités locales.7

Les supports de communication et les efforts de sensibilisation liés à la préparation à l’émergence de l’épidémie d’Ebola doivent continuer à être adaptés aux groupes cibles spécifiques et être adaptés aux besoins des femmes, qui sont particulièrement peu alphabètes (environ 29 %).72 et privilégient les méthodes de communication interpersonnelle, utilisant des méthodes créatives telles que le théâtre ou la vidéo.41 La langue parlée n’est pas toujours comprise de la même manière que la langue écrite, et les documents en anglais ou en juba arabe sont souvent mal compris par les membres de la communauté, même si ceux-ci peuvent parler ces langues dans une certaine mesure (voir la section ci-dessus et le tableau 1 sur les groupes ethniques et les langues prédominantes dans les communautés des frontières).

Des interventions à deux voies, telles que des évaluations qualitatives rapides, des mécanismes de feedback communautaire (réunions communautaires, enquêtes menées par des agents de santé communautaires auprès des ménages et des lignes d’assistance téléphonique) visant à comprendre les besoins et les perceptions de la communauté, peuvent aider à adapter les interventions, à instaurer un sentiment de confiance et de coresponsabilité et à atténuer la désinformation. La communication sur l’Ébola doit évoluer en fonction des retours d’information et de l’évolution de la sensibilisation et des connaissances au niveau local concernant l’Ébola. Des messages inappropriés peuvent empêcher les personnes de signaler les symptômes et de demander de l’aide, et aggraver la discrimination et l’étiquetage stéréotypés, notamment dans le contexte des groupes vulnérables des régions frontalières. Les interventions et les rapports concernant l’Ébola doivent être constructifs et souligner l’opportunité élevée de survie si un patient se présente rapidement pour un traitement, tout en clarifiant ce que ce traitement implique, notamment son coût. Il faut éviter toute communication centrée sur le virus Ebola (ou plus précisément sur la souche de Bundibugyo), car cette maladie est mortelle, dangereuse ou incurable ; il faut également éviter toute communication qui renforce la peur et l’étiquetage négatif, notamment les commentaires alarmistes et la présentation des cas suspectés comme des ‘ nouvelles sur le vif ’.73

De plus, il est crucial de réagir rapidement aux rumeurs et aux craintes publiques qui en découlent. Par exemple, en juin 2026, les autorités du comté de Yei ont dû réagir rapidement aux rumeurs d’un incident ébola, alors qu’un soldat était vu vomir du sang.74 L'affaire a été étudiée et s'est avéré être des ulcères ; des mesures ont ensuite été prises pour rassurer le public, notamment en faisant intervenir les médias pour que le patient en convalescence parle depuis son lit d'hôpital.

 

Les leçons tirées des précédentes épidémies de filovirus

Le Soudan du Sud a une expérience historique significative en matière d’Ebola.45,75 L’ébola a été détecté pour la première fois au Soudan du Sud en 1976, à Nzara et à Maridi (Equatoria occidental), avec des flambées ultérieures à Nzara et à Yambio en 1979 et à Yambio en 2004.16 Le Soudan du Sud a également mené d’importantes activités de préparation en réponse aux flambées de maladies dans la RDC et l’Ouganda en 2019 et 2022. De nombreuses personnes des zones frontalières se souviennent des dangers liés à Ebola, ainsi que des adaptations mises en place lors des précédentes flambées (y compris en ce qui concerne les pratiques de sépulture). Cela constitue une base sur laquelle il est possible de bâtir. Les communautés possèdent déjà des systèmes et des structures variés pour gérer les maladies infectieuses.45 Ces mesures devraient être au cœur de la préparation et de la réponse à l’épidémie d’Ebola. Cela permettra d’assurer que les interventions soient adaptées au niveau local et ne portent pas atteinte aux moyens de subsistance des populations, et de s’appuyer sur les expériences et les pratiques déjà mises en place et connues des communautés. Les stratégies communautaires de gestion des maladies infectieuses comprennent plus généralement l’identification des symptômes, suivie de l’isolement des patients, de l’interruption de la transmission et des tentatives de traitement. Les méthodes permettant d’interrompre la transmission des maladies infectieuses varient d’un pays à l’autre, mais comprennent notamment l’organisation d’établissements d’isolement ; le maintien de la distanciation sociale, notamment en réorganisant les stands des marchés ; la signalisation de points distincts d’accès à l’eau et à la nourriture pour les ménages ; la gestion des draps, des lits, des assiettes et des tasses, ainsi que la distribution d’eau potable afin d’éviter toute contamination croisée ; et l’utilisation d’urine, d’eau chaude et de cendres pour la désinfection. Durant les périodes d’isolement, si les personnes peuvent encore s’occuper de leurs propres besoins, de l’eau, de la nourriture et des médicaments peuvent être laissés à la porte ; si ce n’est pas le cas, un membre de la famille (souvent une femme âgée) prend en charge les soins, avec un risque personnel considérable. Des communautés différentes utilisent des poteaux traversés, des barrières en corde, des poteaux ou des marques de cendre sur les chemins ou autour des maisons pour avertir les gens de rester à l’écart des foyers malades.45

 

Réponse localisée


h3>Une économie aidée

La crise chronique a créé un contexte d’interventions internationales prolongées et une économie politique complexe de l’aide au Soudan du Sud. Depuis la fin des années 1980, de vastes opérations d’aide internationales sont mises en œuvre en temps de guerre comme en temps de paix. Ces opérations ont souvent dépassé les initiatives locales et nationales, même avec les réductions massives de l’aide étrangère depuis 2025. Le conflit et la politique de l’aide persistent et influencent la perception des acteurs humanitaires, des agences des Nations Unies et de la mission de maintien de la paix. Cela a des répercussions sur les efforts de préparation et d’intervention en termes de confiance, d’accès et de transmission de l’information, notamment lors des interventions auprès des communautés qui ont récemment subi de vastes pertes et des abus par différentes factions armées. Par exemple, demander aux personnes des informations personnelles et des détails concernant leurs déplacements et leurs relations sociales dans le cadre des efforts de dépistage des contacts est susceptible d’être perçu avec suspicion et inquiétude, car ces informations pourraient être transmises au gouvernement, aux groupes d’opposition et aux groupes rebelles afin d’être utilisées dans le cadre des hostilités en cours. Dans ce contexte, la surveillance dans le cadre d’une réponse à l’épidémie de virus Ebola a des connotations particulières qui ne devraient pas être sous-estimées. De plus, comme cela a déjà été le cas avec le Covid-19,45,76 Un excès d’attention accordé à l’épidémie d’Ebola par les organisations humanitaires risque de décourager et de déconnecter les communautés déjà confrontées à de nombreuses crises sanitaires mortelles et à d’autres risques.

Acteurs de confiance

Le Soudan du Sud a connu des ruptures et des réajustements sociaux répétés, et la capacité et la volonté de la population à adapter leurs comportements et leurs pratiques coutumières pour sauver des vies ne doivent pas être sous-estimées. Pour tirer parti de cette opportunité, les stratégies de préparation à l’émergence de l’épidémie de virus Ebola doivent continuer à mettre l’accent sur le renforcement de la confiance et de l’accès locaux. Les interventions de préparation et de réponse sont réalisables au niveau communautaire si elles sont menées par des personnels fiables et non militaires ayant une autorité locale. Cela est particulièrement crucial pour les équipes de préparation et de réponse à l’épidémie de virus Ebola opérant dans des zones contrôlées par l’opposition ou alignées avec elle, et qui collaborent avec des interlocuteurs déjà acceptés et de confiance au niveau local. Les organisations confessionnelles et les organisations non gouvernementales locales (ONG) possédant une expérience positive et de longue date dans des zones à haut risque devraient continuer à être dotées des capacités nécessaires pour devenir des partenaires clés, non seulement pour la communication et la participation aux activités de prévention des risques, mais aussi pour mettre en œuvre les autres piliers de la réponse. Les chefs coutumiers (qui conservent encore une autorité significative, notamment sur les jeunes armés dans certaines régions) et les dirigeants de la société civile devraient continuer à être associés comme acteurs locaux importants. Les associations de commerçants et de marchés opérant à travers les frontières offrent également un point d’entrée fort, même si leur influence et leur portée pourraient avoir diminué en raison du conflit récent. Les acteurs locaux devraient continuer d’être suffisamment soutenus en termes de capacités techniques et de ressources (y compris une rémunération appropriée) et les interventions verticales visant à renforcer la préparation à l’éclosion de l’épidémie doivent être alignées sur des principes humanitaires à plus long terme et le renforcement continu du système de santé.

 

Action collective

La planification menée par la communauté en réponse à des épidémies est courante dans de nombreux endroits et commence généralement par une réunion communautaire réunissant un large éventail d’autorités locales et de décideurs, notamment les chefs, les anciens et les responsables gouvernementaux, ainsi que des personnes possédant une expertise médicale ou une expérience en matière d’épidémies, ou qui jouent un rôle dans les parcours de traitement.45 Une stratégie de réponse est définie, comprenant des plans de quarantaine, de réorganisation des marchés, de nettoyage et d’organisation de campagnes d’information, souvent basés sur un examen des leçons tirées des épidémies précédentes. Des personnes sont ensuite désignées pour voyager et partager des informations sur l’épidémie ainsi que les décisions prises.

 

Collabore avec les médias locaux

La radio est la source dominante d'informations pour la plupart des habitants du Soudan du Sud, notamment Radio Miraya (basée à Juba) et les nombreuses stations de radio soutenues par les églises et les communautés qui sont bien connues et diffusent en plusieurs langues.28 Les stations de radio du Soudan du Sud ne diffusent pas seulement des messages ; elles favorisent le dialogue et l’engagement civique grâce à des émissions d’appels où les auditeurs partagent leurs commentaires avec les intervenants humanitaires ou les autorités locales.77 Ils ont également été utilisés pour contrer les informations fausses diffusées sur les réseaux sociaux lors des récentes flambées de mpox, de malaria, de Covid-19 et de choléra. De nombreux programmes humanitaires et de développement associent également la programmation radiophonique à des stratégies de communication interpersonnelle telles que des groupes de discussion communautaires dirigés par des agents de santé communautaires dans les marchés ou les points d’eau, afin que les auditeurs puissent poser des questions, par exemple sur la préparation à l’émergence de l’épidémie d’Ebola et les stratégies de prévention. Ces groupes de discussion peuvent également bénéficier de dispositifs audio préchargés dans les zones rurales où la couverture radio peut être faible ou où les personnes n’ont pas de carburant ou de batteries pour utiliser les radios.

Engagement avec les groupes armés

La manière, le moment et le lieu d’engagement avec les groupes armés dans le cadre des efforts de préparation à l’émergence de l’épidémie de virus Ebola nécessitent encore une analyse attentive et une coordination par les partenaires de la réponse. Il est probable que cette intervention devra travailler avec plusieurs interlocuteurs spécifiques situés dans différents endroits afin d’accéder aux différents groupes armés, dont beaucoup ne seront pas forcément en contact les uns avec les autres et pourraient ne pas coopérer sur les questions humanitaires. L’identification des voies de communication avec les différents groupes armés doit être effectuée avec sensibilité. Les groupes armés de toutes les parties au conflit ont déjà utilisé la désinformation comme moyen de poursuivre leurs objectifs, ce qui a eu un impact négatif sur ce que les populations sont prêtes à croire en termes d’informations publiques.

 

Contributeurs

Ce bref document a été rédigé par Jennifer Palmer (London School of Hygiene & Tropical Medicine, LSHTM), Leben Moro (Université de Juba), Naomi Pendle (Université de Bath), Alice Robinson (Université de Manchester), Rose Burns (LSHTM) et Luisa Enria (LSHTM). Il a été révisé par Emmanuelle Veuillet (Université de Juba), Joris Gaster (IMPACT Initiatives) et Annie Wilkinson (Institut des études de développement).

 

Remerciements

Ce document a été élaboré pour le réseau de recherche sur les multiples risques (MHRN). Ce projet a été financé par le Foreign, Commonwealth & Development Office (FCDO) du gouvernement britannique via le Science for Emergencies Centre (SEC), dans le cadre du programme Global Research and Technology Development (GRTD). Les opinions exprimées dans ce document sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement les politiques ou positions officielles du FCDO, du gouvernement britannique ou de ses partenaires.

Publié pour la première fois par l’Institute of Development Studies en septembre 2026.

EST CE QUE JE: 10.19088/MHRN.2026.001

Citation suggérée : Palmer, J. et coll. (2026), ‘ Considérations clés : dynamiques transfrontières entre le Soudan du Sud et la RDC dans le contexte de l’épidémie d’Ebola à Bundibugyo ’, Rapport du Réseau de recherche sur les multiples risques (MHRN) n° 1, Brighton : Institut des études de développement, DOI : 10.19088/MHRN.2026.001

Il s'agit d'un document en libre accès distribué selon les termes du Licence Creative Commons Attribution 4.0 Internationale (CC BY), qui permet l’utilisation, la distribution et la reproduction sur tout support, à condition que les auteurs originaux et la source soient mentionnés, et que toute modification ou adaptation soit indiquée.

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